L'aluminium atteint 3 370 $/tonne, son plus haut niveau en 4 ans, alors que les chocs d'approvisionnement convergent
Le blocus de facto du détroit d'Ormuz depuis le 28 février a gravement perturbé une artère commerciale mondiale critique, entraînant une hausse d'environ 8 % des prix de l'aluminium du London Metal Exchange (LME) pour atteindre 3 370 dollars la tonne, un sommet de quatre ans. Cette évolution des prix est le résultat direct d'un double choc d'approvisionnement. Le premier est la paralysie logistique dans le détroit, où le trafic maritime a chuté de 95 %. Le second est une réduction significative de la production par Bahrain Aluminium (Alba), l'une des plus grandes fonderies du monde. La société a annoncé une réduction de 19 % de sa production, supprimant environ 300 000 tonnes d'approvisionnement annualisé d'un marché déjà sous tension. La région du Golfe Persique représente près de 9 % de la production mondiale d'aluminium, ce qui rend toute perturbation d'une importance critique.
La faible demande freine les gains alors que les vendeurs à découvert construisent une position de 15 000 lots
L'augmentation du prix de l'aluminium a été substantielle mais est tempérée par la faible demande mondiale. Les analystes de CRU Group ont noté que l'escalade des prix aurait été beaucoup plus significative sans cette faiblesse économique sous-jacente, qui se reflète en partie dans le ralentissement de l'activité industrielle sur des marchés clés comme la Chine. Cette divergence entre la panique côté offre et la réalité côté demande a créé une scission dans le positionnement du marché. Alors que les prix ont progressé, les positions haussières des fonds n'ont pas significativement augmenté. Au lieu de cela, les paris baissiers ont augmenté, avec des positions courtes augmentant d'environ 15 000 lots depuis le début du conflit.
Cela montre qu'une bonne partie des investisseurs s'attendent à une baisse des prix à partir d'ici.
— Guillaume Osouf, analyste principal chez CRU Group.
L'impact économique plus large s'étend au-delà des métaux
La crise dans le détroit d'Ormuz pose une menace plus large pour l'économie mondiale qui va bien au-delà de l'aluminium. La voie navigable est un goulot d'étranglement pour 19 % des produits pétroliers raffinés du monde et 33 % de son commerce d'engrais maritimes. Le conflit a également interrompu la production dans les installations qatariennes, qui fournissent 33 % de l'hélium mondial – un composant critique pour la fabrication de semi-conducteurs utilisés par des entreprises comme Intel et TSMC. La pénurie d'un autre dérivé, le naphta, menace de perturber la production de plastique pour les principales économies asiatiques. Reflétant la gravité du risque d'approvisionnement, les analystes de CRU Group et d'ING estiment que si la perturbation se prolonge, les prix de l'aluminium pourraient finalement grimper vers 4 000 dollars la tonne.