Un stratège de premier plan d'UBS avertit que les marchés interprètent fondamentalement mal la trajectoire des banques centrales face aux tensions au Moyen-Orient.
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Un stratège de premier plan d'UBS avertit que les marchés interprètent fondamentalement mal la trajectoire des banques centrales face aux tensions au Moyen-Orient.

Selon le stratège en chef d'UBS Group, un cycle de resserrement coordonné à la manière de 2022 de la part des grandes banques centrales n'est pas à l'ordre du jour. Il soutient que les marchés évaluent mal l'impact du choc énergétique actuel sur la politique monétaire mondiale.
« Le marché évalue la situation comme si nous étions en 2022 — en regroupant toutes les banques centrales, mais la situation est très différente aujourd'hui », a déclaré Bhanu Baweja, stratège en chef chez UBS, lors d'un entretien avec Bloomberg TV.
Depuis l'escalade du conflit au Moyen-Orient à la fin du mois de février, les marchés de swaps ont abandonné les prévisions de baisses de taux pour cette année de la part de la Réserve fédérale, de la Banque centrale européenne et de la Banque d'Angleterre. Cela a fait grimper les rendements des obligations d'État, le rendement à deux ans de l'Allemagne augmentant de 6 points de base pour atteindre 2,68 % mardi, alors que les obligations européennes chutaient.
M. Baweja estime que cette réévaluation a créé de la valeur dans les obligations d'État à court terme, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, arguant qu'un ralentissement économique empêchera finalement les banques centrales de poursuivre des hausses de taux agressives et synchronisées.
### Le marché rejoue la logique de 2022
Les investisseurs ont radicalement ajusté leurs attentes en matière de politique monétaire ces dernières semaines, pariant que les pressions inflationnistes liées aux tensions géopolitiques forceront les banques centrales à s'engager dans une campagne de hausse synchronisée rappelant 2022. Cela est particulièrement visible sur le marché des obligations d'État, où les rendements ont régulièrement progressé.
Les ventes massives d'obligations à courte échéance ont été particulièrement marquées, reflétant les attentes d'un resserrement imminent de la politique monétaire. M. Baweja a noté que les prix sur les marchés des bons du Trésor américain et britannique sont particulièrement faussés. « En ce qui concerne le marché obligataire, la valeur émerge sur la partie courte, en particulier au Royaume-Uni et aux États-Unis », a-t-il déclaré. Les taux directeurs actuels et les attentes implicites du marché pour les prochaines réunions de la Fed, de la BCE et de la BoE n'étaient pas immédiatement disponibles.
### Une transmission différente du choc pétrolier
Le cœur de la vision à contre-courant de M. Baweja réside dans le mécanisme de transmission du choc actuel des prix de l'énergie par rapport à l'environnement post-pandémique de 2022. Il soutient que la perturbation actuelle est plus susceptible d'éroder la dynamique économique plutôt que de simplement générer de l'inflation.
Cette distinction est cruciale pour les banquiers centraux. En 2022, les décideurs étaient confrontés à une demande en surchauffe et ont été contraints de relever les taux de manière agressive pour refroidir l'économie. Aujourd'hui, suggère M. Baweja, ils font face à un choc d'offre qui agit comme une taxe sur la croissance. Dans ce scénario, même si l'inflation globale augmente en raison des prix de l'énergie, les banques centrales seront limitées par la pression simultanée à la baisse sur l'activité économique. Il estime que les environnements macroéconomiques de la Banque d'Angleterre et de la Réserve fédérale ont structurellement changé au cours des trois dernières années, ce qui rend erronée l'hypothèse d'une trajectoire de politique commune.
### Un risque asymétrique en faveur des obligations à court terme
Pour les investisseurs, M. Baweja présente l'opportunité des obligations à court terme comme une proposition risque-rendement asymétrique. Il soutient que le potentiel de hausse de ces obligations en cas de désescalade des tensions géopolitiques est nettement supérieur au potentiel de baisse si la situation se détériore.
« Si la situation est résolue sans heurts, la performance de l'obligataire, en particulier sur la partie courte, sera bien meilleure que les pertes qu'il subirait si la situation se détériorait », a-t-il affirmé.
En effet, une désescalade entraînerait l'annulation des attentes bellicistes de hausse des taux du marché, ce qui provoquerait un net rebond des obligations à court terme (et une baisse des rendements). À l'inverse, si le conflit se poursuit, la tension économique qui en résulterait limiterait elle-même la marge de manœuvre des banques centrales pour relever les taux, plafonnant ainsi les pertes potentielles sur les obligations. Cette fenêtre d'incertitude, où les marchés guettent tout signe de résolution ou d'escalade, est précisément la raison pour laquelle M. Baweja pense que la valeur des obligations à court terme n'a pas encore été pleinement réalisée.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.