Les craintes de stagflation bondissent à leur plus haut niveau en deux ans, provoquant une rotation défensive marquée chez les gérants de fonds mondiaux.
Selon l'enquête de Bank of America auprès des gérants de fonds mondiaux pour le mois d'avril, un pourcentage impressionnant de 76 % des gérants prévoit désormais une période de stagflation — une croissance inférieure à la tendance couplée à une inflation supérieure à la tendance. Ce chiffre marque un bond spectaculaire par rapport aux 51 % du mois précédent et reflète la peur de la stagflation la plus répandue depuis juin 2022, repoussant ainsi les attentes de baisse des taux des banques centrales.
L'enquête, qui a interrogé 193 gérants détenant collectivement 563 milliards de dollars d'actifs sous gestion entre le 2 et le 9 avril, sert de baromètre clé du sentiment institutionnel. Les conclusions pointent vers une détérioration significative du moral du marché, l'indicateur composite de sentiment de la banque tombant à son plus bas niveau depuis octobre 2023.
Ce pessimisme est alimenté par la plus forte poussée des attentes d'inflation depuis mai 2021, conjuguée à la plus forte baisse mensuelle des attentes de croissance mondiale depuis le début de la guerre en Ukraine en mars 2022. Malgré cette morosité, seule une petite minorité de 9 % des investisseurs se prépare à un « atterrissage brutal » (hard landing), la plupart anticipant toujours un atterrissage en douceur (52 %) ou pas d'atterrissage du tout (32 %) pour l'économie mondiale.
Cet environnement impose de repenser les trajectoires des taux d'intérêt et l'allocation d'actifs. L'enquête indique que les attentes de baisses de taux s'estompent rapidement, un solde net de 4 % des répondants prévoyant désormais des taux à court terme plus élevés au cours des 12 prochains mois — une première depuis novembre 2022.
Poussée de l'inflation et divergence des trajectoires de taux
Le changement le plus significatif de l'enquête d'avril a été le reclassement spectaculaire de l'inflation. Un solde net de 69 % des gérants voit désormais l'IPC mondial tendre vers le haut au cours de l'année à venir, une hausse abrupte par rapport aux 45 % du mois précédent.
Cela a créé une scission claire dans les attentes concernant la politique de la Réserve fédérale américaine (Fed). Alors qu'une majorité de 58 % prévoit toujours une baisse des taux par la Fed l'année prochaine, une cohorte croissante s'attend à un maintien des taux (29 %) ou même à une hausse (10 %). Les perspectives pour la Banque centrale européenne sont encore plus restrictives (hawkish), avec 46 % des gérants s'attendant à une hausse des taux, reflétant de profondes inquiétudes sur les pressions inflationnistes dans la zone euro.
La géopolitique et les prix du pétrole dominent le radar des risques
Pour le deuxième mois consécutif, le conflit géopolitique a été cité comme le principal risque extrême (tail risk) par 44 % des gérants, contre seulement 14 % en février. Cela s'est directement traduit dans le positionnement, le « long pétrole » arrivant à égalité avec le « long semi-conducteurs mondiaux » comme transaction la plus encombrée, chacun cité par 24 % des répondants.
Les gérants de fonds voient désormais les prix du pétrole terminer l'année à une médiane de 84 dollars le baril, soit une augmentation substantielle de 38 % par rapport aux prévisions du début de l'année. L'inquiétude est palpable, car 28 % des investisseurs s'attendent désormais à ce que le pétrole atteigne 90 dollars ou plus, soit plus du double des 12 % qui partageaient ce point de vue il y a un mois. Parallèlement, pour le neuvième mois consécutif, le crédit privé américain a été désigné comme la source la plus probable d'un événement de crédit systémique.
La rotation défensive voit les investisseurs réduire le Japon et ajouter de la technologie
La dégradation du sentiment a déclenché une rotation défensive distincte dans l'allocation d'actifs. Les investisseurs ont réduit agressivement leur exposition aux actions japonaises, passant d'une surpondération nette de 14 % à une sous-pondération nette de 11 %, la position la plus baissière depuis novembre 2024. Les allocations aux actions de la zone euro et aux banques mondiales ont également été réduites.
À la place, les gérants ont renforcé leurs positions en liquidités, en dollars américains et dans des secteurs défensifs comme les télécommunications. Notamment, les investisseurs ont bravé la tendance à l'aversion au risque dans deux domaines : les marchés émergents, qui restent la plus forte position surpondérée à 41 %, et les valeurs technologiques, où l'allocation nette surpondérée a doublé, passant de 7 % à 14 %.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.