Dans une tribune récente du Wall Street Journal, l'économiste de Harvard Roland Fryer a appliqué les principes économiques à la religion, la présentant comme l'une des entreprises les plus prospères et les plus durables de l'histoire de l'humanité. L'article, publié le 20 avril 2026, explore pourquoi la religion persiste et ce qu'elle produit, en s'appuyant sur des théories économiques et des données sociologiques pour expliquer sa dynamique de marché.
« La religion, comme je l'enseignais avec joie à mes élèves de CE1 à l'école du dimanche, concernait la foi et la communauté — quelque chose qui dépassait les transactions », a écrit M. Fryer, rappelant son scepticisme initial à l'égard d'une analyse économique de la foi. « Mais Becker avait le don de trouver le marché à l'intérieur de n'importe quel mystère. »
L'analyse s'appuie sur les recherches d'économistes tels que Laurence Iannaccone, Robert Barro et Rachel McCleary. Leurs travaux suggèrent que les traditions religieuses strictes prospèrent en créant des communautés à haute valeur ajoutée, et que la croyance au paradis et à l'enfer est positivement corrélée à la croissance économique des nations. À l'inverse, la fréquentation de l'église seule, lorsqu'elle est séparée de la croyance, est négativement associée à la croissance.
Le déclin de l'appartenance religieuse aux États-Unis, avec une affiliation aux églises tombant sous la barre des 50 % en 2020 contre 70 % pendant une grande partie du XXe siècle, soulève la question de savoir ce qui comble ce vide. M. Fryer suggère que l'identité politique et les communautés en ligne prennent le relais, mais soutient qu'elles n'ont pas les caractéristiques de coût élevé et de confiance élevée des groupes religieux, fournissant finalement une « assurance mutuelle » de moindre qualité.
Le modèle du « Bien de Club » de la religion
Le cœur de l'argument économique repose sur le concept de la religion en tant que « bien de club », une théorie formalisée par Laurence Iannaccone. Les communautés religieuses produisent des biens immatériels précieux tels que la solidarité, l'assurance et l'appartenance. Cependant, pour que ces biens perdurent, la communauté doit résoudre le problème du « passager clandestin », où des individus bénéficient des avantages sans contribuer.
La solution de la religion consiste à rendre la participation coûteuse. Ces coûts ne sont pas seulement financiers, comme la dîme pratiquée par les Saints des Derniers Jours, mais incluent également des contraintes temporelles et comportementales, comme le jeûne du Ramadan pour les musulmans ou l'observation du Shabbat pour les juifs. Ces sacrifices visibles agissent comme un mécanisme de sélection, filtrant les personnes non engagées et garantissant que les membres peuvent se faire confiance mutuellement. Cet engagement observable devient le « ciment qui maintient la communauté unie », rendant le groupe d'autant plus précieux qu'il est difficile d'y entrer.
Croyance vs Fréquentation : une distinction clé
D'autres recherches examinées par M. Fryer, tirées d'un article de 2003 de Robert Barro et Rachel McCleary couvrant 59 pays, introduisent une distinction critique entre la croyance et le comportement. L'étude a révélé une corrélation positive entre la croissance économique d'une nation et la croyance de la population au paradis et à l'enfer. Le mécanisme proposé est que les croyances intériorisées façonnent le comportement individuel, tel que l'éthique de travail et l'honnêteté, même lorsqu'elles ne sont pas observées.
Plus frappant encore, la même étude a révélé qu'une fois la croyance prise en compte, la fréquentation de l'église elle-même est négativement associée à la croissance. « S'asseoir sur un banc d'église, en soi, ne sert à rien », explique M. Fryer. « Ce qui produit l'effet, c'est la conviction — une croyance intériorisée assez profondément pour modifier le comportement quand personne ne regarde. » Cette conclusion remet en question l'hypothèse simpliste selon laquelle la participation religieuse est un moteur monolithique des résultats sociaux ou économiques.
Cet article est destiné à des fins d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.