Le choix de Donald Trump pour diriger la Réserve fédérale, Kevin Warsh, entame mardi une audition de confirmation mouvementée au Sénat. Ses positions politiques, ses investissements dans les cryptomonnaies et son engagement envers l'indépendance de la banque centrale feront l'objet d'un examen minutieux.
Kevin Warsh, le candidat du président Donald Trump à la présidence de la Réserve fédérale, doit témoigner devant le comité bancaire du Sénat ce mardi à 10h00 (heure de l'Est). Cette audition pourrait redéfinir l'avenir de la politique monétaire américaine. Dans des remarques préparées, Warsh soulignera que l'indépendance de la banque centrale « est essentielle », une réponse directe aux craintes qu'il ne cède à la pression politique de l'administration Trump pour une baisse des taux d'intérêt.
Cette nomination fait face à un comité profondément divisé. La sénatrice Elizabeth Warren, principale démocrate du panel, s'est dite préoccupée par le fait que Warsh soit « la marionnette de Donald Trump », citant son mandat de gouverneur de la Fed pendant la crise financière de 2008. À l'inverse, le président du comité, Tim Scott, a balayé ces inquiétudes, affirmant que sous la direction de Warsh, la Fed se « concentrera uniquement sur le renforcement de l'économie américaine ».
L'audition intervient à un moment délicat pour les marchés. Le Bitcoin s'échangeait en hausse de 1,6 % à 76 045 $ avant le témoignage, les traders guettant des indices sur la réglementation des actifs numériques. Parallèlement, le rendement du Trésor américain à 10 ans s'est maintenu autour de 4,264 %, les investisseurs évaluant la perspective d'un nouveau régime à la Fed dans un contexte d'inflation persistante.
L'enjeu est la direction de la banque centrale la plus puissante du monde alors qu'elle navigue entre une inflation élevée et un ralentissement de la croissance. Le mandat de l'actuel président de la Fed, Jerome Powell, se terminant le 15 mai, l'audition est un test critique pour Warsh, dont la confirmation est loin d'être acquise et dont les orientations politiques semblent avoir évolué ces dernières années.
Une philosophie de « chacun son rôle »
Selon son témoignage préparé, Warsh tentera un exercice d'équilibriste difficile : défendre le principe d'une banque centrale indépendante tout en laissant un espace politique aux élus qui expriment des opinions sur les taux d'intérêt. « Je ne crois pas que l'indépendance opérationnelle de la politique monétaire soit particulièrement menacée lorsque des élus — présidents, sénateurs ou membres de la Chambre — expriment leurs vues sur les taux d'intérêt », indique le texte.
Son message central est que la Fed doit « rester dans son rôle ». Warsh soutient que l'indépendance de la banque centrale est surtout menacée lorsqu'elle s'égare dans des « politiques fiscales et sociales pour lesquelles elle n'a ni autorité ni expertise », une pique évidente contre l'expansion des pouvoirs de la Fed après 2008 et ses récentes incursions dans des domaines tels que le changement climatique. Cette approche réformatrice vise à séduire les Républicains qui ont critiqué la Fed pour ses excès, mais elle sera mise à l'épreuve par les questions des Démocrates sur ses actions passées et ses allégeances politiques.
De faucon de l'inflation à colombe de l'IA ?
Pendant des années, Warsh s'est forgé une réputation de « faucon » des taux d'intérêt, privilégiant généralement des taux élevés pour contenir l'inflation lors de son mandat de gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011. Cependant, ses commentaires récents ont changé, s'alignant davantage sur les appels de Trump à une baisse des taux.
Warsh a soutenu qu'un boom de productivité stimulé par l'intelligence artificielle pourrait permettre à la Fed de baisser les taux sans alimenter l'inflation, un argument qui fait écho à la pensée de l'ancien président de la Fed Alan Greenspan lors du boom technologique des années 1990. Mais cette vision fera l'objet d'interrogations musclées, car elle se heurte à une récente poussée d'inflation suite au déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, qui a fait bondir les prix du pétrole. Le défi pour Warsh sera de convaincre les législateurs sceptiques que son pivot vers une position de « colombe » repose sur une théorie économique solide et non sur une convenance politique.
La question des 100 millions de dollars en crypto
Un élément sans précédent de la nomination de Warsh est son implication profonde dans le monde de la cryptomonnaie. Des déclarations financières ont révélé des investissements personnels dans les infrastructures blockchain et des fonds d'actifs numériques dépassant 100 millions de dollars, ce qui ferait de lui le président de la Fed le plus exposé aux cryptos de l'histoire.
Cette exposition est une arme à double tranchant. Bien qu'elle signale une compréhension approfondie d'une nouvelle classe d'actifs transformative, elle l'expose également à d'importantes questions sur d'éventuels conflits d'intérêts. Les législateurs devraient le presser sur la manière dont il aborderait la réglementation d'un secteur dans lequel il détient des intérêts personnels substantiels. Ses réponses seront suivies de près par le marché des cryptomonnaies, qui cherche tout indice sur la future politique américaine.
Une bataille royale pour la confirmation
Même si Warsh réussit son audition, sa confirmation n'est pas garantie. Le sénateur républicain Thom Tillis a juré de bloquer la nomination tant que le ministère de la Justice n'aura pas abandonné son enquête criminelle sur l'actuel président Jerome Powell, créant une impasse potentielle de 12 voix contre 12 au sein du comité.
Les lignes de front politiques sont claires. Les démocrates, menés par Warren, s'apprêtent à interroger Warsh sur son rôle lors de la crise financière de 2008, affirmant qu'il a « échoué à identifier ou à traiter de manière significative les risques liés aux subprimes ». Parallèlement, Trump a menacé de limoger Powell s'il ne se retirait pas à la fin de son mandat, préparant le terrain pour un affrontement potentiel sur la direction de la Fed, quel que soit l'issue de l'audition.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.