Une nouvelle coentreprise formée par SoftBank, Sony, Honda et NEC vise à développer une IA physique de 1 000 milliards de paramètres, positionnant le Japon pour rivaliser dans le secteur à enjeux élevés de la robotique et de l'automatisation, tout en dépassant le domaine encombré des grands modèles de langage. L'initiative se concentre sur la création d'une intelligence pour les machines physiques, un pivot significatif par rapport à l'IA conversationnelle qui domine le marché actuel.
Selon l'annonce, la collaboration cherche à construire un modèle de base adapté aux applications du monde réel, intégrant l'IA avancée dans la robotique industrielle et grand public. Cette stratégie s'aligne sur les forces industrielles du Japon et son ambition de dominer l'automatisation de nouvelle génération.
L'objectif du projet d'un modèle à 1 000 milliards de paramètres le place dans l'élite du développement de l'IA, une échelle qui nécessite une puissance de calcul immense. SoftBank étend déjà son infrastructure de centres de données IA au Japon, une démarche récemment renforcée par l'engagement de Microsoft d'investir 10 milliards de dollars dans les centres de données japonais et de collaborer avec SoftBank sur l'IA.
Cette entreprise représente une pièce critique de la stratégie nationale plus large du Japon en matière d'IA, créant une demande directe pour les semi-conducteurs avancés. Elle complète l'investissement séparé de 2 600 milliards de yens (16,3 milliards de dollars) du gouvernement dans Rapidus, un fabricant de puces soutenu par l'État visant à produire en masse des puces de 2 nanomètres d'ici 2027, créant ainsi une poussée verticalement intégrée pour la souveraineté technologique à l'ère de l'IA.
Au-delà des chatbots : le pari du Japon sur l'« IA physique »
L'accent mis par le consortium sur l'« IA physique » marque une divergence stratégique par rapport à la voie empruntée par de nombreux leaders américains et chinois de l'IA. Au lieu de rivaliser directement dans l'espace des grands modèles de langage (LLM) dominé par la génération de texte et d'images, les entreprises japonaises ciblent les compétences industrielles fondamentales de la nation : la fabrication, la robotique et la technologie automobile. L'objectif est de créer une IA capable de faire fonctionner des machines complexes, de naviguer dans des environnements physiques imprévisibles et d'accomplir des tâches complexes, un défi bien plus complexe que la création de contenu numérique.
Cette approche pourrait donner à des entreprises comme Honda un avantage significatif dans le développement de véhicules autonomes et l'automatisation des usines, tandis que Sony pourrait intégrer l'IA dans sa technologie de robotique et de capteurs. Pour SoftBank, l'entreprise fournit un client clair et à haute valeur ajoutée pour l'infrastructure d'IA massive qu'elle construit.
Une stratégie nationale à deux volets
La formation de cette société de développement d'IA doit être vue en tandem avec l'investissement public-privé massif du Japon dans la production nationale de semi-conducteurs. Le soutien du gouvernement à Rapidus, qui implique des partenaires comme Fujitsu et IBM Japan, vise explicitement à réduire la dépendance vis-à-vis des fonderies de puces étrangères comme le Taïwanais TSMC.
En créant une entité nationale exigeant des modèles d'IA de pointe, le Japon construit simultanément le moteur (l'entreprise d'IA dirigée par SoftBank) et la fonderie (Rapidus). Le succès de cette double stratégie pourrait rétablir le Japon en tant que leader technologique mondial, isolant ses industries clés des risques géopolitiques liés à la chaîne d'approvisionnement et créant une nouvelle catégorie d'exportation puissante dans l'automatisation industrielle pilotée par l'IA. Pour les investisseurs, la collaboration pourrait débloquer de nouvelles efficacités et catégories de produits pour les entreprises impliquées, bien que le calendrier pluriannuel et les coûts de R&D élevés présentent des risques d'exécution importants.
Cet article est destiné à des fins d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.