Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase & Co., a averti le 6 avril que la guerre en Iran représentait une menace majeure pour l'économie mondiale, susceptible de pousser les taux d'intérêt américains au-dessus de 8 % et de créer des pressions stagflationnistes inédites depuis des décennies.
« La guerre en cours en Iran, ainsi que d'autres tensions géopolitiques, pourraient avoir des effets imprévisibles sur les prix de l'énergie et des denrées alimentaires, le commerce international et les relations diplomatiques », a écrit M. Dimon dans sa lettre annuelle aux actionnaires, très suivie. « La menace d'un élargissement du conflit doit être traitée. »
Cet avertissement intervient alors que le conflit entre dans son deuxième mois, le blocus du détroit d'Ormuz par l'Iran perturbant déjà près de 20 % de l'offre mondiale de pétrole et provoquant une flambée des prix du brut. La réaction du marché a été rapide : l'indice de volatilité CBOE (VIX) a dépassé les 20 et les rendements du Trésor américain ont augmenté en raison d'un regain de craintes inflationnistes.
La lettre de M. Dimon soutient que le marché sous-estime peut-être les risques économiques du conflit, ce qui pourrait contraindre la Réserve fédérale à maintenir les taux élevés plus longtemps, voire à les augmenter pour lutter contre une nouvelle vague d'inflation par l'offre. Ce scénario remet en cause le consensus d'un atterrissage en douceur et ressuscite le spectre de la stagflation des années 1970, où une inflation élevée se conjugue à une croissance stagnante.
La lettre développe les commentaires faits par M. Dimon quelques jours plus tôt, dans lesquels il s'interrogeait sur la raison pour laquelle les puissances occidentales avaient toléré que l'Iran finance des milices par procuration pendant plus de 45 ans. Il a noté que le contrôle du régime sur le détroit d'Ormuz plaçait « leur main sur le point de passage le plus important de l'économie mondiale ». Le récent blocus fait écho aux perturbations causées par les rebelles Houthis en mer Rouge, qui ont ajouté jusqu'à 30 % aux délais de transit maritime en 2024.
## Un chemin vers des taux à 8 % ?
M. Dimon a exposé un scénario dans lequel le stress géopolitique persistant, combiné aux dépenses publiques élevées et aux coûts de la transition énergétique verte, maintient l'inflation de base obstinément élevée, autour de 4 %. Un choc pétrolier important provenant d'un conflit plus large au Moyen-Orient pourrait ajouter plusieurs points de pourcentage, forçant la Fed à agir de manière décisive. Avec un taux des fonds fédéraux actuellement situé dans une fourchette de 5,25 à 5,50 %, un passage à 8 % ou plus n'est « pas exclu », selon la lettre.
La dernière fois que les États-Unis ont été confrontés à un choc inflationniste aussi grave lié à l'énergie, c'était à la suite de la révolution iranienne de 1979, à laquelle M. Dimon a fait référence dans ses remarques précédentes. Cet événement avait conduit Paul Volcker, alors président de la Fed, à porter le taux des fonds fédéraux à un sommet de 20 % en 1980 pour briser l'inflation, provoquant une profonde récession. Bien que M. Dimon ne prévoie pas une répétition de cette ampleur, sa lettre constitue un avertissement clair contre l'autosatisfaction.
Le message du PDG est un appel aux investisseurs pour qu'ils se préparent à un éventail de résultats plus large que ce que les marchés intègrent actuellement. Il a souligné l'importance de la résilience face à des défis mondiaux « sans précédent ». L'avertissement de l'un des leaders financiers les plus influents au monde pourrait inciter à une réévaluation du risque dans les portefeuilles, pesant potentiellement sur les actions et favorisant les actifs offrant une protection contre l'inflation et les turbulences géopolitiques.
Cet article est destiné à des fins d'information uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.