Les investisseurs pariant sur des hausses de taux des banques centrales pour contrer l'inflation due à la guerre pourraient méconnaître un choc de croissance mondiale qui pourrait forcer les décideurs à s'abstenir de toute intervention.
Retour
Les investisseurs pariant sur des hausses de taux des banques centrales pour contrer l'inflation due à la guerre pourraient méconnaître un choc de croissance mondiale qui pourrait forcer les décideurs à s'abstenir de toute intervention.

Les investisseurs pariant sur des hausses de taux des banques centrales pour contrer l'inflation due à la guerre pourraient méconnaître un choc de croissance mondiale qui pourrait forcer les décideurs à s'abstenir de toute intervention.
(Bloomberg) — Les investisseurs obligataires, ressortant leur stratégie de 2022, vendent de la dette souveraine en partant du principe que la guerre en Iran forcera les banques centrales à relever leurs taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation. Ce mouvement pourrait surestimer l'appétit des décideurs pour un resserrement face à un choc de croissance significatif. Alors que le pétrole Brent a bondi de 2,7 % pour dépasser les 108 dollars le baril, l'impact du conflit sur la croissance mondiale pourrait freiner la Réserve fédérale, remettant en cause la réaction initiale du marché.
« Les investisseurs surestiment peut-être les chances que les banques centrales relèvent leurs taux en réponse à la guerre », a écrit Brij Khurana, gestionnaire de portefeuille à revenu fixe chez Wellington Management, dans un commentaire. « Les coups portés à la croissance économique causés par les chocs d'offre de matières premières peuvent rendre les banques centrales réticentes à augmenter les taux, même en période d'inflation élevée. »
Le contexte macroéconomique est radicalement différent de la période post-invasion de l'Ukraine. L'économie américaine a enregistré des pertes nettes d'emplois au cours des six mois précédant le conflit, et les ménages ont largement épuisé les plus de 2 billions de dollars d'épargne accumulés pendant la pandémie. Malgré la vente massive d'obligations, qui a poussé le rendement du Trésor à 10 ans de deux points de base à 4,32 %, d'autres actifs envoient déjà des signaux d'alarme, les contrats à terme sur le S&P 500 ayant récemment reculé de 0,2 % par rapport à des sommets historiques.
La tension centrale pour les marchés obligataires réside désormais dans un conflit structurel entre deux forces opposées : un ralentissement de la croissance mondiale induit par la guerre plaidant pour des rendements plus bas, et une poussée des dépenses militaires financées par le déficit pointant vers des rendements plus élevés. Selon Khurana, la question clé est de savoir si l'effet dominant de la guerre sera une inflation plus élevée ou une croissance plus faible. Jusqu'à présent, les marchés ont penché pour la première option, mais si la seconde s'avère plus importante, une réévaluation majeure est à prévoir.
La politique monétaire des banques centrales est un outil mal adapté à la perturbation actuelle de l'offre. Les hausses de taux peuvent refroidir l'inflation tirée par la demande, mais elles sont inefficaces lorsque des coûts d'intrants plus élevés obligent les entreprises à réduire leur production et à licencier des travailleurs. Avec des ménages déjà préoccupés par la sécurité de l'emploi en raison des perturbations causées par l'intelligence artificielle, le risque est qu'ils augmentent l'épargne de précaution, ralentissant davantage la croissance économique. Dans cet environnement d'affaiblissement de l'activité de consommation, il est peu probable que la plus grande crainte des banquiers centraux — le désancrage des anticipations d'inflation — se matérialise.
« Même si nous obtenons un accord, le pétrole ne reviendra pas aux niveaux d'avant-guerre », a écrit Mohit Kumar, économiste en chef pour l'Europe chez Jefferies. « Nous devons intégrer un certain degré d'impact stagflationniste. »
Une nouvelle réalité façonnant la politique budgétaire est l'évolution de l'économie de la guerre moderne. Le conflit a démontré que les technologies de drones à bas coût peuvent neutraliser les avantages militaires traditionnels, rendant les actifs tels que les chars, les navires et les avions plus vulnérables et plus sujets à une dépréciation rapide. Cette dynamique force une remise en question coûteuse de la stratégie et des dépenses de défense.
Cela se reflète déjà dans la politique budgétaire. Le Congrès américain examine une proposition de budget de la défense de 1,5 billion de dollars, tandis que l'Europe s'engage dans un plan pluriannuel pour augmenter les dépenses militaires. La Chine devrait suivre une voie similaire. Pour les plus grands marchés obligataires du monde — États-Unis, Europe, Chine et Japon — cela introduit une pression haussière soutenue sur les rendements, car les gouvernements sont contraints de financer des dépenses militaires plus élevées par le déficit.
Dans cet environnement complexe, l'article suggère que les petits marchés développés et les marchés émergents pourraient offrir des opportunités plus attrayantes pour les investisseurs obligataires. Sans ambitions hégémoniques mondiales, ces pays sont moins susceptibles de poursuivre des renforcements militaires coûteux et peuvent se concentrer sur des capacités défensives moins onéreuses. En conséquence, leurs marchés obligataires sont plus susceptibles de répondre à la dynamique de croissance mondiale plutôt qu'à l'expansion budgétaire persistante financée par la dette à laquelle sont confrontées les grandes puissances. Cela pourrait entraîner un changement significatif des flux de capitaux si le marché passe d'une tarification de l'inflation à une tarification d'un ralentissement de la croissance.
Cet article est fourni à titre indicatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.