(P1) Les recherches montrent que les hedge funds à effet de levier sont devenus les plus grands détenteurs étrangers de bons du Trésor américain avec une position record de 2 400 milliards de dollars, créant une nouvelle dynamique fragile alors que les banques centrales se retirent du marché après une récente flambée géopolitique.
(P2) Le changement de propriété est détaillé dans des recherches récentes de la Réserve fédérale de New York et de l'Office américain de la recherche financière, qui soulignent la dépendance croissante à l'égard des fonds axés sur l'arbitrage pour absorber la dette publique américaine.
(P3) Depuis le début d'un conflit majeur impliquant l'Iran, les banques centrales étrangères ont vendu 82 milliards de dollars de bons du Trésor, ramenant leurs avoirs totaux à un plus bas de 2012 à 2 700 milliards de dollars, selon les données de la Réserve fédérale. En revanche, les hedge funds ont presque triplé leurs positions sur le Trésor au cours des trois dernières années, un chiffre qui, selon les chercheurs, pourrait être sous-estimé de 1 400 milliards de dollars.
(P4) La forte dépendance à l'égard de ces fonds introduit une fragilité importante. Leurs stratégies sont basées sur l'arbitrage pur, et un changement des taux d'intérêt ou des conditions de financement du marché pourrait déclencher une sortie rapide et massive, posant un risque pour la stabilité alors que le Trésor américain doit refinancer environ 10 000 milliards de dollars de dette l'année prochaine.
Les banques centrales se retirent, les hedge funds prennent le relais
La vente de 82 milliards de dollars de dette américaine par des comptes officiels étrangers depuis le début du conflit iranien a attiré l'attention du marché, le rendement du Trésor à 10 ans bondissant de près de 50 points de base au cours de la même période. Cependant, les analystes suggèrent que cette vente est probablement une mesure défensive des banques centrales pour augmenter les réserves de change à des fins de stabilité, plutôt qu'un dumping politiquement motivé d'actifs américains.
Ce repli a été plus que compensé par les hedge funds. Selon les données corrigées des économistes de la Fed, les entités des îles Caïmans — un intermédiaire pour les hedge funds — sont désormais les plus grands détenteurs offshore de bons du Trésor américain, dépassant les avoirs de la Chine, du Japon et du Royaume-Uni. Entre 2022 et 2024, ces fonds ont absorbé environ 37 % de toutes les émissions nettes de dette américaine à moyen et long terme.
Le pari d'arbitrage de 2 400 milliards de dollars
La position massive des hedge funds est principalement tirée par deux stratégies à effet de levier : le « basis trade », qui exploite les petites différences entre les contrats à terme sur le Trésor et les obligations sous-jacentes, et un commerce de « swap » en pleine croissance. Ces positions sont très sensibles aux coûts de financement et à la volatilité du marché. Alors que des partisans comme le fondateur de Citadel, Ken Griffin, soutiennent que ces fonds fournissent des liquidités essentielles, les régulateurs s'inquiètent de la possibilité d'un événement de désendettement synchronisé.
Si les conditions qui rendent ces transactions rentables s'inversaient soudainement, la ruée vers la sortie qui en résulterait pourrait déclencher une forte hausse des rendements du Trésor et créer une instabilité financière plus large. Le Trésor américain est particulièrement vulnérable, avec environ un tiers de sa dette totale arrivant à échéance et nécessitant un refinancement au cours de l'année à venir.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.