(P1 - Lede)
Le PDG de Ford, Jim Farley, a exposé le 16 avril une stratégie à deux volets pour concurrencer les fabricants chinois de véhicules électriques : s'associer avec eux sur les marchés étrangers tout en luttant simultanément pour les empêcher d'entrer aux États-Unis, où il a déclaré que leur arrivée serait « dévastatrice ».
(P2 - Citation)
« Nous ne devrions pas les laisser entrer dans notre pays en raison de l'impact économique », a déclaré Farley lors d'une récente interview sur Fox News, soulignant l'ampleur de la menace concurrentielle. « L'industrie manufacturière est le cœur et l'âme de notre pays, et perdre cela au profit de ces exportations serait dévastateur. »
(P3 - Détails)
L'avertissement de Farley est étayé par des chiffres frappants. Il a noté que l'industrie automobile chinoise a la capacité de produire plus de 50 millions de véhicules, dépassant de loin son marché intérieur de 29 millions et suffisant pour inonder les ventes aux États-Unis. Les États-Unis imposent actuellement un tarif de 100 % sur les VE fabriqués en Chine, une mesure que Farley soutient, contrastant avec la récente décision du Canada de ramener son tarif à seulement 6,1 %.
(P4 - Analyse)
La stratégie met en lumière un dilemme critique pour Ford et les autres constructeurs historiques : comment tirer parti de l'écosystème VE avancé et à bas coût de la Chine pour la croissance mondiale sans céder leur marché intérieur rentable. Pour les investisseurs, cela crée une incertitude quant à la part de marché et à la rentabilité à long terme de Ford alors qu'elle navigue dans cette « coopétition » complexe, dont l'issue pourrait remodeler l'industrie automobile mondiale.
Une stratégie de contradictions
La posture défensive de Farley aux États-Unis contraste vivement avec ses éloges sur la qualité des VE chinois et la propre stratégie opérationnelle de Ford. Le PDG a ouvertement admiré la technologie de concurrents comme BYD et Xiaomi, ayant conduit une Xiaomi SU7 pendant six mois et qualifiant les VE chinois de « bien supérieurs » aux offres occidentales. Cette reconnaissance de l'avance de la Chine souligne le sérieux de la menace concurrentielle qui va au-delà du simple volume de production.
Pour compliquer davantage le récit, Ford dépend de la technologie chinoise. L'entreprise utilise la technologie sous licence de CATL, le plus grand fabricant de batteries au monde, pour construire une usine de batteries au lithium-fer-phosphate (LFP) dans le Michigan. Ces batteries sont cruciales pour la prochaine génération de VE à bas prix de Ford, notamment un pick-up électrique de taille moyenne prévu pour 2027 avec un prix de départ d'environ 30 000 $. Cette décision montre que Ford intègre déjà l'innovation chinoise pour rendre ses propres produits compétitifs face à des rivaux comme Tesla et GM.
Le champ de bataille mondial
Si les tarifs douaniers peuvent protéger le marché américain pour l'instant, Ford doit toujours concurrencer les marques chinoises en Europe, en Amérique du Sud et au Canada, où elles font des percées significatives. Le plan de Farley visant à étendre les partenariats à l'étranger est une reconnaissance pragmatique de cette réalité. Ces collaborations pourraient offrir à Ford des coûts de production plus bas et un accès plus rapide à la technologie VE sur des marchés où l'entreprise subit déjà une pression intense.
Cependant, cette double approche comporte des risques. Elle pourrait être perçue comme hypocrite et repose sur une volonté politique continue aux États-Unis pour maintenir des tarifs élevés. Pendant ce temps, les consommateurs américains se voient refuser l'accès à des véhicules avancés et souvent plus abordables qui accélèrent l'adoption des VE dans d'autres parties du monde. Comme Farley l'a lui-même admis, Ford ne peut céder le marché mondial du VE à la Chine, ce qui l'oblige à se battre sur deux fronts : celui du protectionnisme chez soi et celui de la collaboration à l'étranger.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.