L'EUR/USD fait face à une pression renouvelée alors que le recalibrage de la Réserve fédérale et l'évolution des dynamiques de croissance entre les États-Unis et la zone euro poussent la paire de devises vers 1,15.
La décision de politique monétaire de la Fed en juin est devenue un événement de communication qui pourrait remodeler les perspectives du dollar. Les marchés s'attendent pleinement à ce que la Fed maintienne ses taux entre 3,50 % et 3,75 % mercredi, mais le véritable signal viendra du diagramme à points (dot plot) actualisé, des prévisions d'inflation et de la première conférence de presse du président Kevin Warsh. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux impliquent désormais une probabilité de 77 % d'une hausse des taux d'ici décembre 2026, en forte hausse par rapport à 24 % il y a un mois, selon les données CME FedWatch.
« Le recalibrage des anticipations concernant la Fed a été le principal moteur de la vigueur du dollar, mais la durabilité de ce mouvement dépend de la question de savoir si Warsh valide le virage hawkish », a déclaré Francesco Pesole, stratège FX chez ING. « Si la Fed supprime son biais accommodant et que le dot plot médian se déplace à la hausse, le dollar pourrait prolonger ses gains. Si Warsh adopte un ton plus prudent, le billet vert est vulnérable à une forte vente. »
Le récit de la convergence de croissance ajoute une autre couche. Les données économiques de la zone euro ont montré des signes de stabilisation, mais l'économie américaine continue de surperformer sur des indicateurs clés. Les créations d'emplois non agricoles (nonfarm payrolls) se sont élevées en moyenne à environ 200 000 par mois au cours des trois derniers mois, tandis que les PMI manufacturiers de la zone euro restent en territoire de contraction. Cette divergence soutient le dollar et pèse sur l'EUR/USD, qui s'échangeait à 1,1507 mercredi, en baisse de 0,5 % sur la séance.
La transmission entre classes d'actifs est déjà visible. L'indice du dollar américain a gagné 0,5 % à 99,80, tandis que l'or a chuté de 0,7 % à 4 301 $ l'once. Le Nasdaq 100 a cédé 0,3 % à 29 992 points, les traders surveillant le niveau de 29 700 comme support clé si la Fed livre un statu quo hawkish. Le Brent s'est maintenu sous la barre des 80 $ le baril après la publication des détails de l'accord de paix intérimaire entre les États-Unis et l'Iran, ajoutant un contre-poids accommodant aux perspectives d'inflation.
Différentiels de taux et trajectoire future
L'écart de taux d'intérêt entre les obligations d'État américaines et allemandes à 10 ans s'est creusé à environ 180 points de base, reflétant la divergence des anticipations de politique monétaire. La BCE a réduit son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 % en avril et les marchés intègrent un assouplissement supplémentaire, tandis que la prochaine décision de la Fed pourrait être une hausse. Cet écart soutient directement le dollar et limite les rebonds de l'EUR/USD.
Les analystes d'ABN AMRO ont noté que la convergence de croissance entre les États-Unis et la zone euro est une variable clé pour la direction de l'EUR/USD. Si les données de la zone euro s'améliorent par rapport à celles des États-Unis, la paire pourrait trouver un plancher. Mais pour l'instant, la dynamique favorise les positions longues sur le dollar. La dernière fois que la Fed a utilisé un langage signalant une possible hausse des taux, c'était fin 2023, ce qui avait précédé un rallye de 5 % de l'indice du dollar au cours des trois mois suivants.
Le prochain test majeur interviendra avec la décision de la Fed à 14 h, heure de l'Est, suivie de la conférence de presse de Warsh à 14 h 30. Les marchés analyseront chaque mot pour savoir si le recalibrage hawkish est justifié ou si la Fed s'oppose aux anticipations du marché. Si Warsh valide la tarification, l'EUR/USD pourrait franchir le seuil de 1,15 pour la première fois depuis mars. S'il s'y oppose, un rallye de soulagement vers 1,1650 est possible.
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