Les États-Unis et l'Iran ont conclu dimanche un accord-cadre pour mettre fin à leur conflit de plusieurs mois, entraînant une baisse des rendements des obligations d'État de la zone euro, les investisseurs ayant réduit leurs anticipations de hausses de taux de la Banque centrale européenne.
« La réduction du risque géopolitique élimine un moteur clé des anticipations d'inflation qui alimentait les paris sur des hausses de taux », a déclaré James Okafor, stratège macroéconomique chez Edgen. « Le marché obligataire intègre désormais une trajectoire de resserrement de la BCE moins agressive qu'il y a seulement une semaine. »
Les rendements des obligations d'État de référence de la zone euro ont baissé sur toute la courbe lundi, les traders réévaluant les perspectives d'inflation après cette percée. Ce mouvement fait suite à l'annonce par le président Trump que les États-Unis avaient autorisé le retrait immédiat de leur blocus naval des importations iraniennes, une cérémonie de signature officielle étant prévue vendredi en Suisse. L'accord engage Téhéran à renoncer au développement ou à l'acquisition d'armes nucléaires en échange d'une aide à la réouverture du détroit d'Ormuz, une voie maritime qui gère environ 21 % du commerce pétrolier mondial.
Cet accord marque un revirement brutal par rapport au conflit qui a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l'Iran. Depuis lors, des observateurs indépendants ont recensé 3 468 décès confirmés en Iran, 13 militaires américains tués et 2 679 victimes au Liban. La guerre avait fait grimper les prix du pétrole et attisé les craintes d'inflation en Europe, la BCE étant largement attendue pour relever son taux de dépôt de 25 points de base à 2,25 % lors de sa réunion de cette semaine — sa première hausse depuis 2023.
Révision des anticipations de taux
Les marchés monétaires intégraient près de deux hausses de taux supplémentaires de la BCE d'ici la fin de l'année avant l'accord, selon les données du marché des swaps. La réduction des perturbations des chaînes d'approvisionnement liées au conflit et des pressions sur les prix de l'énergie donne désormais moins de raisons à la BCE de donner suite à ces paris de resserrement. Les analystes de Morgan Stanley ont indiqué dans une note que la décision de relever les taux cette semaine vise « principalement à atténuer le risque de désancrage des anticipations d'inflation » plutôt qu'à répondre à des pressions durables sur les prix.
La dernière fois qu'un conflit majeur au Moyen-Orient s'est désamorcé brutalement — les tensions américano-iraniennes de 2020 après la frappe de Soleimani — le pétrole Brent a chuté d'environ 15 % au cours du mois suivant, tandis que les rendements des Bunds ont baissé à mesure que les anticipations de hausses de taux se sont dissipées. Une dynamique similaire se joue aujourd'hui, bien que l'ampleur de ce conflit ait été significativement plus grande.
Ce qui est en jeu
L'accord reste confronté à des obstacles importants. Les questions en suspens — notamment la manière dont l'Iran disposerait de ses 972 livres d'uranium enrichi à 60 % de pureté, à un pas technique des niveaux d'armement de 90 % — seront négociées au cours des 60 prochains jours, selon des responsables pakistanais cités par l'Associated Press. Le Plan d'action global conjoint de 2015 plafonnait l'enrichissement iranien à moins de 4 %, une limite que l'administration Trump avait abandonnée lors de son premier mandat.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a exprimé un profond scepticisme quant à l'accord, Trump le décrivant comme un « type très difficile » dans un entretien téléphonique avec le New York Times. Israël n'est pas partie à l'accord.
Pour les marchés obligataires européens, la voie à suivre dépend de la tenue du cessez-le-feu et de la poursuite du recul des prix du pétrole. Si l'accord est signé vendredi comme prévu et que sa mise en œuvre progresse, les arguments en faveur d'un resserrement agressif de la BCE s'affaiblissent considérablement. Si les négociations s'enlisent, la prime de hausse de taux pourrait revenir rapidement.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.