Les gouvernements de la zone euro ont ramené leur déficit budgétaire combiné à 2,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, mais le Fonds monétaire international (FMI) prévoit qu'il rebondira à 3,3 % en 2026, la région étant confrontée à la hausse des prix de l'énergie et à l'augmentation des dépenses militaires liées au conflit au Moyen-Orient.
« Les gouvernements qui tentent d'amortir chaque choc pour chaque ménage risquent de compromettre la viabilité budgétaire à leurs dépens », a déclaré la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, dans un discours prononcé lundi, mettant en garde contre les subventions généralisées.
L'écart entre les dépenses et les revenus des 20 membres de la zone euro est tombé à 2,9 % du PIB l'année dernière, contre 3 % en 2024, une amélioration significative par rapport au pic de 7 % atteint en 2020, a rapporté mercredi l'agence statistique de l'Union européenne, Eurostat. La dette publique accumulée a légèrement augmenté pour atteindre 87,8 % du PIB. Cependant, la projection du FMI d'un rebond du déficit à 3,3 % cette année met en évidence de nouvelles tensions budgétaires.
Le creusement du déficit signale un regain de pression budgétaire sur les États membres, ce qui pourrait augmenter les coûts d'emprunt des gouvernements et créer des vents contraires pour l'euro. La durée du conflit reste une variable critique, une perturbation prolongée des approvisionnements énergétiques par le détroit d'Ormuz représentant un risque important pour la stabilité économique et les perspectives de croissance du bloc.
Le choc énergétique et les dépenses militaires tirent les prévisions
Les principaux moteurs de l'augmentation prévue du déficit sont doubles : le choc énergétique découlant de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, et un renforcement militaire concomitant. Le conflit a déjà poussé l'inflation de la zone euro à 2,6 % en mars, au-dessus de l'objectif de 2 % de la BCE, forçant les gouvernements à déployer des aides pour les ménages et les entreprises.
Cette réponse fait écho aux mesures budgétaires déployées après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Le FMI estime que le soutien largement distribué offert alors totalisait 2,5 % du PIB de l'Europe. Le fonds calcule que si le soutien actuel était ciblé uniquement sur ceux qui en ont le plus besoin, le coût pourrait être limité à 0,9 % du PIB en 2026, libérant ainsi des ressources budgétaires. Dans le même temps, les nations augmentent leurs dépenses militaires pour réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis face à une menace perçue plus grande de la part de la Russie.
Divergence de politiques et niveaux d'endettement
Le paysage budgétaire n'est pas uniforme dans la zone monétaire. Alors que le gouvernement français a vu son déficit budgétaire tomber à 5,1 % du PIB contre 5,8 % en 2024, sa dette globale a grimpé à 115,6 % du PIB, selon Eurostat. La dette du gouvernement belge a bondi à 107,9 % du PIB.
En revanche, certains pays ont montré une amélioration. La Grèce, par exemple, a vu son ratio dette/PIB passer de 154,2 % à 146,1 %, bien qu'il reste l'un des plus élevés du bloc. Selon Eurostat, neuf membres de la zone euro avaient des dettes inférieures à l'objectif de 60 % du PIB, tandis que pour cinq membres, les dettes dépassaient la production économique annuelle, soulignant les défis divergents auxquels sont confrontés les décideurs politiques.
La BCE se trouve désormais dans une position difficile, maintenant son taux de dépôt de référence à 2 %. Les décideurs hésitent à relever les taux et à étouffer une économie atone, d'autant plus qu'une enquête a montré que l'activité commerciale de la zone euro s'est contractée pour la première fois en 16 mois en avril en raison de l'impact de la guerre. L'économiste d'ING, Carsten Brzeski, a déclaré que la BCE était de nouveau en « mode crise ». Pourtant, contrairement à 2022, les conditions d'une flambée généralisée des prix non énergétiques et des salaires ne sont pas réunies, ce qui donne à l'économiste d'Oddo BHF, Bruno Cavalier, ce qu'il appelle « le luxe de ne rien faire » pour le moment.
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