Un haut responsable de la Banque centrale européenne rejette les attentes croissantes d'une hausse des taux d'intérêt en juin, introduisant une nouvelle couche d'incertitude pour les investisseurs.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a déclaré que la Banque centrale européenne ne peut pas s'engager sur une hausse des taux en juin, arguant que la politique monétaire doit être guidée par les données économiques entrantes, et non par une date prédéterminée.
« Cela me semble ressembler un peu trop à une forward guidance déguisée », a déclaré Villeroy lors de son dernier discours de politique monétaire avant de quitter ses fonctions à la fin de ce mois. « Ce qui doit nous guider, ce n'est pas une date mais les données. »
Les commentaires de Villeroy font suite à la récente décision de la BCE de maintenir son principal taux d'emprunt stable, alors même que l'inflation dans la zone euro a atteint 3,0 % en avril. Alors que certains responsables comme le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, ont décrit une hausse en juin comme « tout sauf inévitable », Villeroy a souligné les données récentes de la BCE montrant un ralentissement de la croissance des salaires et une inflation sous-jacente qui n'a pas encore bondi.
Cette déclaration remet en cause les participants au marché qui avaient largement anticipé une hausse des taux lors de la prochaine réunion de la BCE, le 11 juin. L'attention se porte désormais carrément sur les rapports à venir sur les salaires et les prix de base, la position de Villeroy, dépendante des données, suggérant un potentiel accru de volatilité du marché autour de ces publications.
Le débat au sein de la BCE souligne le défi auquel sont confrontées les banques centrales du monde entier : comment répondre à l'inflation tirée par l'énergie sans étouffer la croissance économique. Villeroy a précisé que la BCE surveille les « effets de second tour », où les augmentations de prix de l'énergie se propagent à d'autres secteurs comme les services et les produits manufacturés, mais a déclaré que de tels signes ne sont « pas présents actuellement ».
Cette approche prudente reflète celle de la Banque d'Angleterre, qui a également maintenu son taux stable à 3,75 % cette semaine. Le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, a également mis en garde contre l'attente trop longue des effets de second tour, affirmant qu'il « serait trop tard ». La BoE envisage des scénarios où les prix du pétrole atteignant 130 dollars le baril pourraient forcer une réponse politique plus agressive.
Pour l'instant, la voix influente de Villeroy ajoute un contrepoint dovish aux membres plus hawkish. Son départ à la fin du mois de mai signifie qu'il ne votera pas lors de la réunion de juin, mais son insistance sur la dépendance aux données prépare le terrain pour un débat houleux. Les investisseurs vont maintenant analyser chaque donnée économique de la zone euro pour tenter de savoir qui, des faucons ou des colombes, l'emportera.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.