Après des décennies de recherche, le diamant synthétique émerge comme un matériau semi-conducteur viable capable de détrôner le carbure de silicium et le nitrure de gallium dans l'électronique de puissance.
Des percées récentes au Japon et en Europe transforment le diamant, le matériau le plus dur connu, en un concurrent sérieux pour la prochaine génération de semi-conducteurs de puissance. Avec un champ électrique de claquage théorique près de 30 fois supérieur à celui du silicium, les composants à base de diamant pourraient gérer des tensions extrêmes dans des boîtiers plus petits, menaçant la domination du marché des matériaux actuels à large bande interdite comme le carbure de silicium (SiC) et le nitrure de gallium (GaN).
« Ce matériau redéfinit les limites physiques de la performance des composants de puissance », ont noté les chercheurs de l'Institut national japonais des sciences et technologies industrielles avancées (AIST) dans des conclusions récentes. L'institut, travaillant avec Honda, a démontré avec succès un MOSFET en diamant de l'ordre de l'ampère, une étape critique vers l'application commerciale dans les systèmes de haute puissance comme les véhicules électriques.
Les avantages du diamant découlent de ses propriétés physiques fondamentales. Il possède une large bande interdite de 5,5 eV et une intensité de champ de claquage critique proche de 10 MV/cm, soit environ trois fois celle du SiC ou du GaN. Cela permet de concevoir des composants plus minces capables de bloquer des tensions beaucoup plus élevées avec une résistance plus faible. De plus, sa conductivité thermique de 20 W/cmK est la plus élevée de tous les matériaux connus, permettant une dissipation thermique supérieure et un fonctionnement à des températures dépassant 400°C.
Ces caractéristiques pourraient fondamentalement modifier la conception des systèmes de conversion de puissance. Pour les investisseurs, cette technologie représente une perturbation potentielle à long terme pour les fabricants actuels de SiC et de GaN tels que Wolfspeed, STMicroelectronics et Infineon, tout en ouvrant des opportunités dans des secteurs allant de la mobilité électrique à la transmission d'électricité en courant continu haute tension (HVDC).
Une nouvelle frontière en science des matériaux
L'évolution de l'électronique de puissance a été un voyage étape par étape, du silicium aux performances supérieures des semi-conducteurs à large bande interdite (WBG). Le SiC et le GaN ont permis la haute efficacité et la densité de puissance requises pour les véhicules électriques modernes et les chargeurs rapides compacts. Le diamant représente la prochaine, et peut-être ultime, étape de cette échelle.
Son principal avantage réside dans sa capacité à résister à des champs électriques extrêmes. La force de claquage de 10 MV/cm permet aux concepteurs de créer des composants classés pour 10 kV, 20 kV ou même plus, bien au-delà des limites pratiques du silicium. Cette capacité est cruciale pour les réseaux intelligents de nouvelle génération, le rail électrifié et les variateurs de moteurs industriels, permettant des réductions significatives de la perte d'énergie et de la taille du système.
Bien que le GaN garde un avantage en termes de mobilité électronique brute, la combinaison de la haute mobilité du diamant et de sa conductivité thermique extrême présente une proposition de valeur unique. La chaleur est un facteur limitant primaire dans l'électronique de puissance. La capacité du diamant à étaler et dissiper efficacement la chaleur pourrait éliminer le besoin de systèmes de refroidissement encombrants et coûteux, permettant des conceptions plus compactes et fiables, en particulier dans des environnements difficiles comme l'aérospatiale et le forage profond.
Du laboratoire à l'usine : le Japon et l'Europe en tête
Autrefois curiosité théorique, le développement des semi-conducteurs en diamant s'accélère vers une phase pré-industrielle, avec des centres de recherche clés démontrant des composants de plus en plus pratiques.
Au Japon, un projet soutenu par le gouvernement pour développer une électronique durcie aux radiations pour le démantèlement de la centrale nucléaire de Fukushima a stimulé des progrès significatifs. La startup Ookuma Diamond Device, une émanation de l'AIST et de l'Université d'Hokkaido, a créé un circuit amplificateur différentiel entièrement fonctionnel capable d'un fonctionnement stable à long terme à 300°C. Plus récemment, le prototype MOSFET de l'AIST et de Honda a atteint un courant de l'ordre de l'ampère, un seuil clé pour une utilisation dans les systèmes de puissance automobile.
Parallèlement, les efforts européens dans le cadre d'Horizon 2020 ont cultivé un écosystème de recherche solide. La startup française Diamfab, issue du centre national de recherche CNRS, est à l'avant-garde. En collaboration avec d'autres laboratoires français, Diamfab a développé un transistor à effet de champ à jonction (JFET) qui a atteint une conduction de courant de corps record de 50 mA. Ce résultat est significatif car il dépasse les simples démonstrateurs à micro-échelle pour passer à un composant avec un niveau de puissance utilisable, signalant une nouvelle étape de maturité technologique.
Bien que les coûts de fabrication et le contrôle des défauts restent des obstacles importants à une commercialisation de masse, la voie à suivre rappelle les débuts du SiC et du GaN. Les gouvernements des États-Unis, du Japon et d'Europe traitant désormais l'électronique en diamant comme une technologie stratégique, les investissements pour augmenter la production augmentent. La vision à long terme d'onduleurs de VE efficaces à 99,9 % et de matériel de réseau sans systèmes de refroidissement liquide complexes n'est plus de la science-fiction, mais un défi d'ingénierie avec une feuille de route claire.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.