Le déficit du compte courant du Canada a plus que doublé au premier trimestre, sous l'effet d'une augmentation record des importations et d'une contraction de l'excédent des revenus d'investissement.
Le compte courant du Canada, la mesure la plus large des flux commerciaux et d'investissement du pays avec le reste du monde, a enregistré un déficit désaisonnalisé de 7,18 milliards de dollars canadiens (5,19 milliards de dollars américains) au cours des trois mois se terminant en mars, a rapporté jeudi Statistique Canada. Ce déficit est le plus important depuis le deuxième trimestre 2025, lorsque les échanges transfrontaliers avaient fortement reculé dans le cadre du changement de politique tarifaire de l'administration Trump, et marque le 15e déficit trimestriel consécutif.
« L'élargissement reflète un changement structurel dans la composition commerciale du Canada, où les exportations d'énergie sont en plein essor mais le secteur automobile est sous pression en raison des tarifs douaniers », a déclaré Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC Capital Markets. « Le volet des revenus d'investissement a également été touché, les activités énergétiques et minières détenues par des étrangers au Canada ayant généré des bénéfices plus élevés que les actifs canadiens à l'étranger. »
Le déficit commercial des biens s'est creusé de 3,31 milliards de dollars canadiens pour atteindre 7,72 milliards de dollars canadiens, dépassant largement l'estimation consensuelle de 4 milliards de dollars canadiens de TD Securities. Les importations ont augmenté de 5,5 % pour atteindre un niveau record de 210,96 milliards de dollars canadiens, stimulées par une hausse des achats d'or alors que le prix du métal précieux a grimpé en flèche. Les exportations ont augmenté plus modérément de 3,9 % pour atteindre 203,25 milliards de dollars canadiens, les expéditions plus élevées de pétrole brut et d'or ayant compensé une baisse des exportations de véhicules à moteur — qui ont chuté à leur plus bas niveau en six ans — et de produits forestiers, deux secteurs affectés par les tarifs douaniers.
La composition du déficit a considérablement évolué ces dernières années. L'excédent commercial du Canada sur les produits énergétiques a été le plus élevé jamais enregistré depuis 2022 au premier trimestre, tandis que le déficit dans le secteur automobile a atteint un niveau record. Les exportations trimestrielles d'énergie ont été plus de deux fois supérieures à la valeur des véhicules à moteur et 4,6 fois plus élevées que les produits forestiers, soulignant la dépendance croissante de l'économie vis-à-vis des expéditions de ressources.
L'excédent des revenus d'investissement — la différence entre les revenus gagnés sur les actifs canadiens à l'étranger et ceux versés aux investisseurs étrangers — s'est réduit de 4,93 milliards de dollars canadiens par rapport au trimestre précédent pour s'établir à 2,45 milliards de dollars canadiens. Cette baisse est due à une diminution de l'excédent des revenus d'investissement directs, les bénéfices réalisés par les investisseurs directs étrangers dans le secteur énergétique et minier canadien ayant augmenté plus que ceux réalisés par les investisseurs canadiens sur les actifs étrangers.
Les données du produit intérieur brut pour le premier trimestre seront publiées vendredi, les économistes s'attendant à une croissance annualisée d'environ 1,5 %, après une légère contraction au trimestre précédent largement due à un déstockage. La Banque du Canada, qui a maintenu son taux d'intérêt directeur inchangé lors de chacune de ses quatre dernières réunions de politique monétaire, prévoit une croissance d'environ 1,2 % cette année avant de se renforcer à 1,6 % en 2027, sous réserve de l'évolution des relations commerciales avec les États-Unis et du conflit au Moyen-Orient.
Le déficit plus large que prévu pourrait exercer une pression modeste sur le dollar canadien, même si l'impact est probablement limité étant donné que le déficit a été en partie causé par des importations records d'or — un effet de prix plutôt qu'une détérioration liée à la demande. Les marchés se concentreront sur les chiffres du PIB de vendredi pour obtenir un signal plus clair quant à savoir si l'économie retrouve de l'élan après la contraction liée aux stocks du trimestre précédent.
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