Le gouvernement brésilien intervient pour protéger les consommateurs contre l'envolée des coûts du carburant, une mesure qui oppose le soulagement politique à court terme à la discipline budgétaire à long terme et à la stabilité de son géant pétrolier public.
Le gouvernement brésilien va réduire de 10 % les taxes fédérales sur l'essence, a-t-il déclaré jeudi, une intervention directe pour protéger les consommateurs contre les prix du pétrole brut qui ont dépassé les 100 $ le baril suite au conflit au Moyen-Orient.
« C'est un choix politique classique entre le soulagement des électeurs et la discipline budgétaire, et les électeurs ont gagné », a déclaré Isabella Costa, économiste en chef chez ACME Research, basée à São Paulo. « La question pour les investisseurs est de savoir s'il s'agit d'une mesure ponctuelle ou du début d'une politique plus interventionniste qui pourrait nuire à la rentabilité de Petrobras. »
L'administration fournira plus de détails lors d'une conférence de presse à 17 heures, heure locale (20h00 GMT). Cette mesure devrait apporter un soulagement immédiat à la pompe mais réduira les recettes publiques, ajoutant aux inquiétudes concernant la santé budgétaire de la nation et faisant chuter le real brésilien de 1,2 % par rapport au dollar lors des transactions de l'après-midi.
La baisse des taxes remet directement en cause la politique de prix de la compagnie pétrolière d'État Petrobras, qui est censée aligner les prix des carburants domestiques sur les marchés internationaux. Cette intervention augmente le risque d'un retour à une période où l'entreprise était forcée de vendre du carburant à perte, une politique qui avait précédemment érodé la confiance des investisseurs et les finances de la firme.
Un monde en quête de soulagement
La décision du Brésil s'inscrit dans une tendance mondiale, avec des dizaines de pays, de l'Europe à l'Asie, réduisant les taxes sur le carburant pour aider les consommateurs. La guerre en Iran a perturbé le détroit d'Ormuz, un point de passage stratégique pour environ 20 % du pétrole mondial, poussant le prix moyen du brut à 100 $ le baril en mars, selon les données de Rystad Energy.
L'envolée des coûts du carburant qui en a résulté a déclenché des pressions sociales et politiques dans le monde entier. En France, de vastes protestations en 2021 ont forcé le gouvernement du président Emmanuel Macron à faire marche arrière sur les augmentations prévues des taxes sur le carburant. Aux États-Unis, où les prix moyens ont dépassé les 4 $ le gallon, la douleur à la pompe a entraîné une augmentation de près de 25 % des demandes de location de véhicules électriques auprès de grandes entreprises comme Hertz, selon un rapport de Reuters.
Le dilemme de Petrobras
La réduction d'impôts place Petrobras dans une position difficile. La direction de l'entreprise s'est battue pour maintenir une politique de prix du carburant basée sur le marché afin de rassurer les investisseurs après des années d'interférence gouvernementale. Forcer l'entreprise à absorber le coût de prix plus bas pourrait compromettre sa stabilité financière et sa capacité à investir.
Les investisseurs suivront de près la conférence de presse de 17 heures pour obtenir des détails sur la manière dont la baisse d'impôts sera mise en œuvre et si Petrobras sera indemnisé pour les pertes qui en résulteraient. L'initiative du gouvernement souligne la tension persistante entre son rôle d'actionnaire majoritaire et la nécessité pour Petrobras de fonctionner comme une entreprise compétitive et rentable.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.