Une analyse historique de Barron's suggère que la stratégie antitrust utilisée pour démanteler Standard Oil il y a plus d'un siècle est actuellement déployée contre les géants technologiques d'aujourd'hui, créant un risque réglementaire significatif pour le secteur.
Selon le rapport, la bataille du gouvernement américain contre les titans technologiques modernes reflète sa confrontation avec les monopoles industriels du passé. Standard Oil, qui contrôlait 90 % du marché américain du pétrole brut à son apogée, a finalement été démantelée en 1911 pour violation des lois antitrust. Ce précédent historique plane désormais sur des entreprises comme Google (Alphabet), Meta Platforms, Apple et Amazon, alors qu'elles font face à une vague de poursuites antitrust et de surveillance réglementaire.
« La politique des lois devrait viser autant à multiplier le nombre de personnes engagées dans des activités indépendantes, ou dans le profit ou la production, qu'à réduire le prix pour les consommateurs », écrivait la Cour suprême de l'Ohio dans un jugement de 1892 contre Standard Oil, établissant un principe qui résonne dans l'environnement réglementaire actuel.
Les parallèles sont frappants. Microsoft a fait face à une affaire antitrust historique en 2001, Google a réglé une affaire en 2025, et le gouvernement poursuit activement des actions contre Meta, Amazon et Apple. Ces affaires, tout comme celle contre Standard Oil, questionnent si une puissance de marché dominante est utilisée pour restreindre injustement le commerce et étouffer la concurrence, un principe désormais guidé par la « règle de raison » établie dans la décision de la Cour suprême de 1911.
Les barons voleurs modernes
L'article de Barron's tire une ligne directe entre les « barons voleurs » historiques comme John D. Rockefeller et les « techno-oligarques » d'aujourd'hui. Bien que les industries soient passées du pétrole et de l'acier aux données et aux logiciels, les questions fondamentales sur le contrôle du marché et la concurrence loyale restent les mêmes. Des événements récents soulignent la pression croissante. Apple a récemment accepté un règlement de 250 millions de dollars suite à des allégations selon lesquelles elle aurait trompé les consommateurs sur son système d'IA « Apple Intelligence », selon des documents judiciaires. Les propriétaires d'iPhone éligibles pourraient recevoir des paiements de 25 à 95 dollars par appareil.
Pendant ce temps, Meta et son PDG Mark Zuckerberg font face à un recours collectif de la part de cinq grands éditeurs et de l'auteur Scott Turow. La plainte allègue que l'entreprise a utilisé illégalement des millions d'œuvres protégées par le droit d'auteur pour entraîner son modèle d'intelligence artificielle Llama. Les plaignants soutiennent que cela menace les moyens de subsistance des écrivains et des éditeurs en permettant la création de livres d'imitation générés par l'IA.
La règle de raison perdure
Le cadre juridique de ces défis a été forgé dans la bataille contre Standard Oil. La décision de la Cour suprême de 1911 de diviser l'entreprise en 34 entités distinctes a introduit la « règle de raison », qui reste le principe directeur du droit antitrust américain. Elle stipule que tous les monopoles ne sont pas illégaux, mais que ceux qui atteignent ou maintiennent leur statut par des moyens « déraisonnables » le sont.
Cette doctrine centenaire est aujourd'hui mise à l'épreuve face à l'économie numérique complexe et rapide. Alors que les régulateurs et les tribunaux sont aux prises avec la puissance de marché des Big Tech, le fantôme de Standard Oil sert de rappel puissant qu'aucune entreprise n'est trop grande pour être contestée. Les résultats de ces batailles antitrust modernes pourraient remodeler le paysage technologique pour les décennies à venir, tout comme le démantèlement de 1911 a déclenché une nouvelle ère de concurrence dans l'industrie pétrolière.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.