La Banque du Japon envisage une révision à la hausse significative de sa prévision d'inflation sous-jacente pour l'exercice fiscal en cours, ce qui pourrait la propulser bien au-delà de la projection actuelle de 1,9 %, alors qu'une flambée des prix de l'énergie suite au conflit au Moyen-Orient complique sa trajectoire politique.
« L'offre sur les obligations reflète un positionnement pour une pause de la BoJ », a déclaré Takeshi Minami, économiste en chef chez Norinchukin Research, illustrant l'incertitude du marché avant la décision. Alors que le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, est resté prudent, citant des incertitudes, des divisions internes s'accentueraient entre les responsables qui estiment nécessaire de relever les taux pour contrer l'inflation et ceux qui pensent que la fragile reprise économique rend une telle mesure prématurée.
La révision potentielle des prévisions intervient alors que les prix de l'énergie ont grimpé d'environ 50 % depuis le début du conflit. Les économistes de Morgan Stanley MUFG Securities prévoient désormais que l'inflation au Japon pourrait grimper à 4 % au cours du prochain trimestre, ce qui contraste nettement avec l'indice des prix à la consommation (IPC) sous-jacent de 1,6 % enregistré en février. Le gouvernement japonais estime qu'une hausse annuelle de 10 % des prix de l'énergie pourrait augmenter le taux d'inflation mensuel de 0,3 point de pourcentage.
La question clé pour les marchés est de savoir si la BoJ privilégiera la lutte contre l'inflation par les coûts, ce qui pourrait renforcer le yen et peser sur les actions, ou le soutien à une économie fragile en maintenant son taux directeur actuel de 0,75 %. Les perspectives économiques actualisées de la banque le 28 avril seront déterminantes pour signaler sa prochaine action, bien que les responsables aient indiqué que l'objectif à long terme de normalisation de la politique reste intact.
### Choc inflationniste vs craintes de croissance
Le débat au sein de la Banque du Japon souligne les pressions doubles auxquelles elle est confrontée. D'une part, l'inflation sous-jacente est restée supérieure à l'objectif de 2 % de la banque depuis 2022, et le récent choc des prix de l'énergie menace d'ancrer des attentes de prix plus élevés. Cela a conduit certains membres du conseil de politique monétaire à prôner de nouvelles hausses de taux d'intérêt pour anticiper la courbe inflationniste.
D'autre part, une révision à la baisse simultanée des prévisions de croissance économique est également à l'étude. En tant que nation fortement dépendante des importations d'énergie, les termes de l'échange du Japon se sont détériorés, ce qui pourrait étouffer l'activité économique. Cela a conduit un camp plus colombe à soutenir que ce n'est pas le moment de relever les taux, une opinion reflétée par le vote de 8 contre 1 pour maintenir les taux inchangés lors de la réunion de mars. Le gouverneur Ueda a déclaré qu'il surveillait à la fois les risques d'inflation à la hausse et les risques économiques à la baisse.
Malgré l'incertitude à court terme, les responsables auraient maintenu leur scénario central à long terme : celui d'un cycle vertueux de hausse des salaires et d'inflation stable qui finira par conduire à une reprise économique modérée. Cette conviction sous-jacente suggère que la direction générale reste orientée vers la normalisation de la politique, même si le moment exact de la prochaine hausse des taux est désormais moins certain.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.