Le rendement du Trésor américain à 10 ans, référence pour les coûts d'emprunt mondiaux, se négocie dans sa fourchette la plus étroite depuis des mois, s'enroulant dans une configuration technique qui précède souvent une rupture brutale. La volatilité sur le marché des bons du Trésor de 31 000 milliards de dollars a chuté à des plus bas historiques, préparant le terrain pour un mouvement potentiellement violent dès qu'un catalyseur émergera d'un calendrier économique chargé.
« Cette dynamique implique un enroulement qui finira par se résoudre par une réévaluation brutale des prix », a écrit Ian Lyngen, responsable de la stratégie des taux américains chez BMO Marchés des capitaux, dans une note récente. Ce calme est « cohérent avec le manque de conviction sur les taux américains en ce moment ».
Le calme est quantifié par les bandes de Bollinger, une mesure populaire de la volatilité, qui sur le rendement à 10 ans se sont comprimées à seulement 0,111 point de pourcentage — le niveau le plus serré depuis le 16 janvier. Cette compression a formé un « triangle symétrique » sur les graphiques de prix, une configuration de sommets de plus en plus bas et de creux de plus en plus hauts qui signale un marché en consolidation. Les analystes techniques guettent un mouvement décisif, avec des points de rupture estimés autour de 4,6 % à la hausse et 4,0 % à la baisse.
La résolution de cette figure a des implications significatives pour l'économie mondiale, car le rendement à 10 ans ancre les taux pour tout, des prêts hypothécaires à la dette des entreprises. Une rupture à la hausse pourrait durcir les conditions financières et peser sur les actions, tandis qu'un mouvement à la baisse pourrait signaler une fuite vers la sécurité face aux inquiétudes économiques. Tous les regards se tournent désormais vers une semaine riche en données, comprenant une réunion de la Réserve fédérale et des données clés sur l'inflation, pour trouver l'étincelle.
Une rafale de catalyseurs attendue
Bien que le témoignage du candidat à la présidence de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, n'ait guère agité le marché, un calendrier dense de moteurs potentiels se profile. « C'est l'une des semaines les plus chargées de l'année sur le calendrier économique », a écrit Ed Yardeni, fondateur de Yardeni Research. La Réserve fédérale conclut une réunion de deux jours mercredi, rejointe cette semaine par les réunions de politique monétaire de la Banque du Japon, de la Banque du Canada, de la Banque centrale européenne et de la Banque d'Angleterre.
Au-delà des banques centrales, la première estimation du produit intérieur brut américain du premier trimestre est attendue jeudi, ainsi que l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) pour mars — la mesure d'inflation préférée de la Fed. Pour compliquer encore le tableau, on attend les rapports sur les résultats des géants technologiques Amazon, Meta, Microsoft et Apple, ainsi que les estimations de financement trimestrielles du Trésor les 4 et 6 mai, qui pourraient signaler des changements dans l'offre de dette publique.
L'avis technique
L'état actuel du marché est l'équivalent pour un analyste technique d'un ressort que l'on comprime lentement. La figure en triangle symétrique suggère que la tendance pluriannuelle à la hausse des rendements marque une pause, mais la direction du prochain mouvement majeur est incertaine. Un niveau clé à surveiller est la moyenne mobile sur 20 mois, actuellement autour de 4,23 %. Selon les données de LSEG, une baisse durable sous ce niveau suggérerait que la pression à la baisse s'accentue.
Les traders se souviennent d'une configuration similaire, quoique plus brève, de faible volatilité début janvier qui s'était finalement résolue par un mouvement de vente, poussant les rendements à la hausse. Les risques étant actuellement orientés vers un mouvement à la hausse, le marché reste sur le qui-vive, attendant un catalyseur définitif pour rompre le calme et libérer la volatilité accumulée.
Cet article est uniquement destiné à des fins d'information et ne constitue pas un conseil en investissement.