Le budget japonais de 60 milliards de dollars met fin aux restrictions militaires d'après-guerre
Après une victoire électorale écrasante en février, le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi s'apprête à remodeler fondamentalement la posture de défense du Japon. L'administration a détaillé des plans pour près de 60 milliards de dollars de nouvelles dépenses militaires pour le prochain exercice, un chiffre qui porte le budget de défense du Japon au-delà de la barre des 9 mille milliards de yens pour la première fois. Cette dépense atteint l'objectif de longue date de consacrer 2 % du PIB à la défense deux ans plus tôt que prévu, marquant une rupture décisive avec 80 ans de pacifisme constitutionnel.
Ces nouveaux fonds sont destinés à une amélioration significative des capacités. Le Japon développe des systèmes avancés de défense aérienne et maritime basés sur des drones, ainsi que des armes hypersoniques à glissement conçues pour échapper aux défenses ennemies et offrir une capacité de contre-attaque. Une grande partie de l'investissement sera également consacrée au renforcement de la chaîne d'îles du sud-ouest du Japon, qui s'étend vers Taïwan, avec de nouveaux missiles, des installations radar et des systèmes de guerre électronique.
La pression de la Chine et les exigences de l'alliance américaine alimentent le renforcement
Le changement de politique du Japon est une réaction directe à un environnement de sécurité de plus en plus grave. Les navires de guerre et les avions chinois mènent désormais des incursions quasi quotidiennes à proximité de l'espace aérien et des eaux territoriales japonaises, créant ce que les responsables appellent la situation de sécurité la plus tendue que le Japon moderne ait connue. Pékin a déjà répondu à la position ferme de Tokyo par des mesures de coercition économique, notamment la restriction des vols touristiques et l'accès des entreprises japonaises aux minéraux essentiels des terres rares.
Simultanément, cette initiative s'aligne sur la demande de longue date de Washington pour que ses alliés augmentent leurs propres dépenses de défense. Cette tendance est mondiale, les alliés de l'OTAN ayant également collectivement atteint l'objectif de dépenses de 2 % du PIB en 2025 en réponse aux menaces de la Russie. L'administration Trump a poussé à un objectif encore plus élevé de 3,5 % du PIB, plaçant les actions du Japon directement en phase avec les objectifs stratégiques américains visant à dissuader l'agression chinoise dans le Pacifique, en particulier concernant Taïwan.
Le public soutient les dépenses malgré les avertissements de « bulle de défense »
L'expansion militaire bénéficie d'un soutien national significatif, défiant l'identité pacifiste de longue date du pays. Un sondage de 2025 a révélé que 54 % du public était d'accord avec une augmentation des dépenses de défense, tandis qu'un autre sondage situait ce chiffre à 62 %, avec le soutien le plus fort venant des jeunes générations. Ce sentiment reflète une conviction croissante que le Japon ne peut pas compter uniquement sur le parapluie de sécurité américain et doit être capable de se défendre.
Cependant, cette stratégie fait face à de vives critiques. Les médias d'État chinois ont qualifié cette politique de « bulle de défense » conçue pour masquer les problèmes économiques intérieurs, notamment un ratio dette publique/PIB dépassant 260 %. Pour financer cette expansion, le gouvernement prévoit d'introduire de nouvelles taxes sur les entreprises, le tabac et les revenus individuels. Les critiques soulignent également les liens étroits entre le gouvernement et l'industrie, notant que Mitsubishi Heavy Industries a obtenu 1 680 milliards de yens de contrats en 2023, soulevant des préoccupations quant à un nouveau complexe militaro-industriel profitant des tensions régionales.