Dans un discours prononcé lors de la remise du prix Alexander Hamilton du Manhattan Institute, l'ancien sénateur américain Ben Sasse a affirmé que l'Amérique est aux prises avec une « crise de déclin institutionnel déformant la civilisation », une tendance accélérée par l'essor de l'intelligence artificielle. Sasse a cité des données montrant que la part des Américains n'ayant aucun ami proche a quadruplé depuis 1990, preuve d'une crise profonde de solitude et de déconnexion.
« Nous sommes dans une crise de déclin institutionnel qui déforme la civilisation. Les conséquences sont partout autour de nous », a déclaré Ben Sasse lors de son discours le 6 mai. « Le défi est de savoir comment vivre avec vertu et technologie alors que la technologie tend à éroder la vertu, l'espace et la texture humaine. »
Sasse a étayé son argument par des données de sondage montrant un effondrement de la confiance sociale et institutionnelle. La confiance du public envers le gouvernement fédéral est passée de 77 % au milieu des années 1960 à seulement 17 % l'an dernier, selon Pew Research. Il a également noté que seul un Américain sur trois pense pouvoir faire confiance à la plupart des gens, un déclin significatif par rapport aux décennies précédentes qui favorise un environnement où les théories du complot peuvent métastaser.
Le cœur du problème, selon Sasse, est une révolution technologique et économique qui déstructure les rôles professionnels traditionnels et crée une perturbation spirituelle et culturelle. Il postule que le conflit central n'est pas entre partis politiques, mais entre ceux qui maîtrisent la technologie et ceux qui deviennent esclaves de ses algorithmes, créant un avenir de « paradis et d'enfer » selon la voie choisie.
Les 4 habitudes pour l'ère numérique
Pour lutter contre cela, Sasse a proposé quatre habitudes spécifiques à cultiver en famille, arguant que la vertu est favorisée dans les « pelotons les plus petits mais les plus importants » de la société, et non par la politique de Washington. Ces habitudes sont :
- La lecture : Alors que moins de la moitié des Américains ont lu un livre l'an dernier, Sasse appelle à un retour à la lecture à voix haute en famille pour développer une capacité d'attention plus longue et un socle intellectuel commun.
- Le travail acharné : Il préconise d'impliquer les enfants dans les tâches ménagères et le travail physique dès le plus jeune âge pour contrer une culture qui les isole du travail jusqu'au milieu de la vingtaine.
- Les sabbats technologiques : Sasse exhorte les familles à verrouiller les appareils, surtout pendant les repas, pour créer un espace de conversation et de connexion authentique, se protégeant ainsi contre l'intrusion numérique constante.
- Le voyage sérieux : Considérant le voyage comme une forme de travail (« travail » au sens de peine) qui forge le caractère en forçant les individus à sortir de leur zone de confort, il suggère des séjours prolongés avec d'autres familles et la cohabitation multigénérationnelle pour renforcer les liens communautaires.
La confiance, reconfigurée de la blockchain aux banques
Le diagnostic de Sasse sur le déclin de la confiance dans les institutions traditionnelles trouve un parallèle fascinant dans le monde de la technologie lui-même. Alors que la confiance du public s'étiole, une nouvelle forme de confiance, d'origine technique, se construit sur les blockchains. Initialement, le système de « preuve de travail » de Bitcoin a créé de la confiance grâce à un coût informatique immense, une réponse directe à l'environnement de faible confiance après la crise financière de 2008. Plus récemment, le passage d'Ethereum à un modèle de « preuve d'enjeu » a réduit la consommation d'énergie de plus de 99 %, mais a lié l'influence à la propriété financière, soulevant de nouvelles questions d'équité.
Aujourd'hui, une troisième vague, la « preuve d'autorité », est adoptée par des acteurs financiers majeurs comme JP Morgan. Ces blockchains privées et autorisées reposent sur un petit nombre de validateurs connus et réputés. Cette évolution d'un système sans confiance vers un système qui recentralise la confiance auprès d'institutions identifiables montre que la technologie ne détruit pas seulement les anciennes structures, mais en crée aussi de nouvelles, plus traçables et auditables. Cela suggère que l'avenir n'est pas une érosion complète de la confiance, mais sa reconfiguration, avec les grandes banques et les entreprises technologiques au centre.
Quand un bureau de poste est plus qu'un bureau de poste
Le déclin institutionnel décrit par Sasse n'est pas seulement une menace abstraite ; il a des conséquences tangibles pour les communautés. À Christchurch, en Nouvelle-Zélande, la fermeture prévue du magasin Stanmore Book and Post illustre la perte de ce que Sasse appelle la « texture humaine ». Depuis plus de 140 ans, un bureau de poste dessert le quartier, sa forme actuelle faisant office de centre communautaire vital, en particulier pour les résidents isolés et à faibles revenus d'une zone socio-économiquement défavorisée de la ville.
Les habitants le décrivent comme « bien plus qu'un service postal », un lieu de connexion, de conseil et de compagnie. Un ancien bénévole a déclaré que la communauté perdrait « un petit morceau de son cœur ». La fermeture, motivée par des impératifs commerciaux, souligne la tension entre efficacité économique et cohésion sociale. Elle sert de microcosme à l'avertissement de Sasse : l'érosion des institutions locales, aussi petites soient-elles, a des implications profondes pour le tissu social que la technologie néglige souvent.
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