VW prévoit de sauver 2 300 emplois en réorientant une usine vers la défense
Volkswagen négocie un plan visant à convertir son usine automobile d'Osnabrück, en Basse-Saxe, en Allemagne, en un site de production de composants pour le système de défense antimissile israélien 'Dôme de Fer'. Les discussions avec le fabricant israélien Rafael Advanced Defence Systems, détenu par l'État, offrent une bouée de sauvetage à l'usine et à ses 2 300 employés. La production de véhicules sur le site devrait cesser l'année prochaine dans le cadre d'un plan de réduction des coûts annoncé en 2024.
Le partenariat proposé, qui a reçu le soutien du gouvernement allemand, verrait l'usine produire des composants clés du système tels que des camions lourds, des mécanismes de lancement et des générateurs. La production des missiles proprement dits aurait lieu dans une installation distincte établie par Rafael. Si un accord est conclu, les lignes de production reconverties pourraient être opérationnelles dans les 12 à 18 mois, représentant ce qu'une source a appelé une combinaison de « technologie mature et de capacités de fabrication allemandes ».
Le réarmement de 500 milliards d'euros de l'Europe favorise des alliances improbables
L'accord potentiel est une réponse directe à un changement structurel de la géopolitique européenne. Suite au conflit en Ukraine, les nations du continent entreprenent une modernisation militaire significative, les systèmes de défense aérienne étant une priorité absolue. L'Allemagne est à l'avant-garde de cette tendance, s'engageant à consacrer plus de 500 milliards d'euros aux dépenses de défense d'ici 2030. Cela crée une opportunité de marché substantielle que Volkswagen se positionne pour capter en tirant parti de sa capacité industrielle sous-utilisée.
Pour Rafael, le partenariat avec Volkswagen offre un point d'ancrage stratégique sur le marché européen lucratif, en tirant parti de la base industrielle allemande et de son statut d'allié clé d'Israël. La société de défense israélienne est déjà présente en Allemagne par le biais de coentreprises avec Rheinmetall et Diehl Defence pour la production de missiles 'Spike' et de systèmes de protection active 'Trophy' pour véhicules blindés. La filiale de camions de Volkswagen, MAN, a également une coentreprise existante avec Rheinmetall pour les camions militaires.
Gérer le changement de production et le risque de réputation
Bien que la logique commerciale semble solide, le plan n'est pas sans défis. Certains analystes militaires s'interrogent sur l'adéquation du Dôme de Fer, conçu pour intercepter des roquettes à courte portée (70 km), aux menaces auxquelles l'Europe est confrontée. Cependant, les responsables israéliens affirment que le système a réussi à intercepter plus de 90 % des cibles entrantes dans le cadre d'un réseau de défense multicouche.
En interne, Volkswagen doit gérer la transition de sa main-d'œuvre, car le passage de la production automobile à l'équipement militaire est un « choix personnel » pour les employés. Cette démarche comporte également des risques importants pour la réputation et l'ESG (Environnemental, Social et de Gouvernance), marquant la première incursion de Volkswagen dans la fabrication d'armes depuis qu'elle a produit des véhicules militaires pour le Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un communiqué, VW a confirmé qu'elle explorait des solutions pour l'usine mais a exclu la production d'« armes », une distinction visant à se démarquer de la fabrication directe de munitions.