Les États-Unis signalent un assouplissement des sanctions, visant 375 millions de barils de pétrole bloqué
Le 6 mars, la secrétaire au Trésor américaine, Besant, a indiqué un changement de politique significatif, déclarant que l'administration pourrait assouplir davantage de sanctions sur le pétrole brut russe pour lutter contre les prix élevés de l'énergie. Dans une interview, Besant a noté que la libération d'une partie des 375 millions de barils de brut sanctionné provenant de Russie, d'Iran et du Venezuela actuellement retenus en mer pourrait augmenter directement l'offre mondiale. Cette déclaration fait suite à une dérogation de 30 jours émise le 5 mars, qui permet aux raffineries indiennes de continuer à acheter du brut russe transporté par voie maritime, signalant l'intention de Washington de gérer activement les flux et les prix du pétrole.
Historiquement, ce volume massif de pétrole stocké en mer a agi comme un soutien caché pour les prix. Malgré un surplus d'approvisionnement mondial d'environ 1,5 million de barils par jour, le Brent n'a pas connu de baisse soutenue car cet excédent de pétrole n'a jamais atteint les centres de prix terrestres. Les 375 millions de barils représentent un tiers de l'augmentation annuelle des stocks mondiaux visibles de brut, la majeure partie flottant au large tandis que les stocks commerciaux terrestres de l'OCDE sont restés stables.
Goldman quantifie la baisse des prix : 3-4 dollars par 100 millions de barils libérés
Goldman Sachs fournit un cadre clair pour le choc des prix potentiel. La recherche de la banque d'investissement explique que les marchés sous-estiment fortement l'impact du pétrole stocké en mer, car son arrivée éventuelle est incertaine en raison des risques géopolitiques. Cela a atténué la pression à la baisse sur les prix due à l'excédent d'offre.
Lorsque les accumulations de stocks se produisent en mer plutôt que sur terre dans les pays de l'OCDE, leur impact sur les prix est significativement sous-estimé par le marché — parce que le marché pétrolier orienté spot a tendance à fortement sous-estimer les arrivées futures de brut, surtout lorsque la géopolitique pourrait maintenir les barils sanctionnés en mer pendant des années.
— Daan Struyven, et al., analystes de Goldman Sachs
La banque propose une règle directe pour quantifier un changement de politique : pour chaque 100 millions de barils de stock maritime libérés sur le marché terrestre, les prix du Brent devraient chuter de 3 à 4 dollars. La libération de l'intégralité des 375 millions de barils pourrait donc déclencher une baisse cumulative des prix de plus de 11 dollars par baril, en fonction de l'ampleur et de la rapidité de l'assouplissement des sanctions.
La demande indienne et la géopolitique créent de l'incertitude
Si le signal du côté de l'offre est clair, la voie pour que ce pétrole atteigne le marché est compliquée par des variables du côté de la demande. Les analystes du secteur prévoient que les achats de pétrole brut russe par l'Inde pourraient chuter de 1,3 million de barils par jour actuellement à entre 700 000 et 900 000 barils par jour. Cela est dû à la stratégie de l'Inde de diversifier ses sources d'énergie, en se tournant vers des fournisseurs aux États-Unis et au Moyen-Orient. En outre, l'absence de progrès dans les négociations russo-ukrainiennes pourrait accroître la pression sur les acheteurs asiatiques pour qu'ils réduisent leurs importations de pétrole russe, limitant potentiellement l'impact de tout assouplissement des sanctions américaines.