Les États-Unis lèvent les sanctions sur 125 millions de barils de pétrole russe
Dans le but de modérer la flambée des coûts énergétiques, l'administration américaine a autorisé vendredi une levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe. Cette mesure, qui expire le 11 avril, s'applique à environ 125 millions de barils de brut déjà chargés sur des pétroliers. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a décrit cette action comme une "mesure à court terme, spécifiquement ciblée" visant à augmenter l'approvisionnement mondial alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe le détroit d'Ormuz, un point de passage crucial pour 20 % du pétrole mondial.
Cette décision fait suite à l'échec d'une libération coordonnée de 400 millions de barils des réserves stratégiques pour enrayer l'ascension des prix du pétrole. Le Brent a atteint 103,24 dollars le baril vendredi, une augmentation significative par rapport à son prix d'avant-guerre de 72,87 dollars le 27 février. Les États-Unis affirment que la dérogation aux sanctions n'apporte aucun nouveau bénéfice financier à la Russie, les taxes ayant été évaluées à l'extraction, mais ce point de vue n'est pas partagé par leurs alliés.
Les alliés européens condamnent cette décision alors que le pétrole reste au-dessus de 100 $
Le revirement de politique américaine a créé une fracture significative au sein de l'alliance transatlantique. L'Union européenne et le Royaume-Uni ont tous deux annoncé qu'ils ne suspendraient pas leurs propres sanctions contre la Russie. Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que les nations du G7, à l'exception des États-Unis, avaient convenu que c'était une mauvaise décision, affirmant aux journalistes : « Nous considérons que l'assouplissement des sanctions, quelle qu'en soit la raison, est une erreur. »
Cette friction diplomatique souligne l'opinion de l'Europe selon laquelle la Russie reste une menace plus directe que l'Iran. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a critiqué la guerre et la stratégie américaine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a formulé la réprimande la plus vive, quantifiant l'impact potentiel de l'allégement des sanctions.
Cet assouplissement à lui seul de la part des États-Unis pourrait fournir à la Russie environ 10 milliards de dollars pour la guerre.
— Volodymyr Zelensky, président ukrainien.
Les recettes pétrolières de la Russie augmentent de 14 % depuis février
La flambée des prix du pétrole, alimentée par la guerre, a déjà inversé la fortune financière du Kremlin. Alors que son mélange Oural se négociait à moins de 40 dollars le baril en décembre, il commande désormais plus de 80 dollars le baril. Selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA), les recettes quotidiennes de la Russie provenant des exportations de pétrole et de gaz ce mois-ci ont atteint 510 millions d'euros (588 millions de dollars), soit une augmentation de 14 % par rapport à la moyenne de février.
Bien que la dérogation aux sanctions sur le pétrole en mer n'ait qu'un impact modeste sur les prix, elle fournit une bouée de sauvetage financière cruciale à Moscou. Cette mesure marque un net revirement par rapport aux efforts de plusieurs mois déployés par l'Occident pour réduire les recettes pétrolières du Kremlin par le biais de plafonds de prix et de sanctions visant sa "flotte fantôme" de pétroliers, qui avaient auparavant ramené les recettes à leurs plus bas niveaux depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.