Le rand sud-africain s'est affaibli au-delà de 17,00 pour un dollar américain pour la première fois en deux ans, alors que l'escalade du conflit militaire entre les États-Unis et l'Iran déclenche une fuite des actifs perçus comme risqués. La chute brutale de la devise reflète l'inquiétude croissante des investisseurs quant aux retombées économiques pour les pays exportateurs de matières premières, même si le président américain Joe Biden signale une volonté de désescalade.
« Le rand est une devise à bêta élevé, ce qui en fait un paratonnerre pour l'aversion au risque mondiale », a déclaré Elena Fischer, analyste des risques géopolitiques chez Edgen. « Les liens commerciaux directs sont faibles, mais la combinaison toxique de prix du pétrole plus élevés et d'une vente massive sur les marchés émergents exerce une pression importante sur le compte courant et les flux de capitaux de l'Afrique du Sud. »
La paire USD/ZAR a grimpé jusqu'à un sommet de 17,06 mardi, un niveau jamais vu depuis le début de 2024. La liquidation s'est propagée aux actions, l'indice JSE All Share de Johannesburg chutant pour la troisième journée consécutive. Signe d'une réaction désordonnée du marché, les prix de l'or ont également reculé alors que le dollar se renforçait, allant à l'encontre de la tendance typique du métal agissant comme une valeur refuge pendant les troubles géopolitiques.
Le problème central pour les marchés est la perturbation du commerce mondial et le potentiel d'un conflit plus large. La dernière fois que les devises des marchés émergents ont connu une baisse aussi nette et corrélée, c'était lors du choc des taux mondiaux de 2022, qui a entraîné une dépréciation de près de 15 % du rand en six mois. Avec l'approche de l'élection présidentielle américaine et un accord incertain avec Téhéran avant la date limite du 6 avril, les investisseurs intègrent une période de volatilité prolongée.
Pic de la prime de risque géopolitique
La nervosité des marchés fait suite à une série d'escalades au Moyen-Orient. L'armée israélienne a confirmé mardi que quatre de ses soldats ont été tués dans le sud du Liban, portant le total de la guerre à 10. Des explosions ont également été signalées dans la capitale iranienne, Téhéran.
Pour ébranler davantage les marchés de l'énergie, un pétrolier koweïtien a pris feu dans un port de Dubaï, et des attaques de drones ont visé la base aérienne Amir Sultan en Arabie saoudite, qui accueille des forces américaines. Alors que la Maison Blanche a indiqué sa volonté de mettre fin à sa campagne militaire même si le détroit d'Ormuz reste partiellement fermé, l'Iran a rejeté les propositions de Washington, créant une impasse tendue.
Cette incertitude géopolitique force une réévaluation du risque sur les marchés mondiaux. La baisse du rand est l'une des plus fortes parmi les marchés émergents, soulignant la vulnérabilité de l'Afrique du Sud aux chocs externes. Le pays dépend des capitaux étrangers pour financer ses déficits budgétaire et courant, et un environnement d'aversion au risque soutenu pourrait déclencher de nouvelles sorties de capitaux dommageables.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.