Des entrées équivalant à 2% du PIB masquent une sous-performance historique
Des capitaux record affluent sur le marché boursier américain, créant un paradoxe dangereux pour les investisseurs. Un rapport de la Deutsche Bank du 25 février souligne que les entrées nettes ont atteint un niveau stupéfiant de 2% du PIB américain en 2025, un niveau suffisant pour financer les deux tiers du déficit du compte courant du pays. Cette demande sans précédent a été alimentée à la fois par les acheteurs étrangers et un fort "biais domestique" des investisseurs nationaux, qui ont montré peu d'appétit pour les actions étrangères.
Cependant, cette manne de capitaux n'a pas réussi à générer des rendements supérieurs. Selon le macrostratège Tim Baker, auteur du rapport, les actions américaines connaissent actuellement leur pire performance relative par rapport aux actifs non américains en 15 ans. La stratégie de longue date consistant à "acheter la baisse" des actions américaines ne porte plus ses fruits, car les marchés mondiaux moins chers et plus cycliques sont désormais en tête.
Les bénéfices non américains augmentent de 14%, les valorisations divergent
Un changement fondamental dans les bénéfices des entreprises alimente la rotation loin des actions américaines. Pour la première fois en 15 ans, les marchés non américains affichent une forte croissance des bénéfices, avec une expansion des bénéfices de 14% au cours des six derniers mois. Cela fait suite à une décennie et demie de stagnation, au cours de laquelle les bénéfices des entreprises américaines ont presque triplé.
Ce renouveau des bénéfices rend l'écart de valorisation persistant insoutenable. La prime cours/bénéfice (P/E) des actions américaines par rapport à leurs homologues mondiaux reste à un niveau élevé de 40%, en baisse par rapport à un pic de 70%. Bien que des facteurs structurels comme un rendement des capitaux propres (ROE) américain plus élevé justifient une certaine prime, la Deutsche Bank suggère qu'un retour à une prime de 20-30% est possible à mesure que les bénéfices mondiaux rattrapent leur retard. Cette convergence présente un argument convaincant pour la réaffectation de capitaux à l'échelle internationale.
Le renversement des capitaux constitue une menace majeure pour le dollar américain
Le risque macroéconomique le plus important découlant de cette tendance est un affaiblissement potentiel du dollar américain. Les entrées massives d'actions ont été un pilier de soutien essentiel pour la monnaie. Si ces flux ralentissent ou s'inversent en raison de la sous-performance américaine, le dollar pourrait faire face à de graves pressions à la baisse.
L'histoire offre un précédent clair. Après l'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000, les actions américaines ont entamé une période de forte sous-performance par rapport au reste du monde. Cela a déclenché un basculement des entrées nettes de capitaux vers les sorties, ce qui a coïncidé avec une dépréciation pluriannuelle du dollar. Bien que l'ampleur puisse différer aujourd'hui, le rapport avertit que le risque directionnel est clair : à mesure que les capitaux étrangers recherchent de meilleurs rendements ailleurs, la position du dollar américain devient de plus en plus précaire.