L'IA menace le pari de 1 billion de dollars du capital-investissement sur les logiciels
L'essor des outils d'intelligence artificielle puissants force une réévaluation des portefeuilles de capital-investissement. Au cours des cinq dernières années, les entreprises ont investi plus de 1 billion de dollars dans le secteur des logiciels, soit environ le double du montant alloué aux industries. Désormais, les nouvelles IA de startups comme Anthropic menacent directement les modèles économiques de ces participations en logiciels en tant que service (SaaS), alimentant les inquiétudes d'une surexposition généralisée et de futures dépréciations d'actifs. Selon Robin Marshall, partenaire chez Bain Capital, environ 40 % des actifs détenus par les sociétés de rachat sont exposés aux entreprises de logiciels. La pression est déjà évidente, plusieurs sorties prévues ayant été bloquées, notamment la vente de Thinkproject par EQT AB et la cession d'Unit4 par TA Associates.
Le capital se tourne vers les actifs 'HALO' alors que les transactions industrielles s'intensifient
En réponse, de grandes entreprises comme Blackstone, Bain Capital et Brookfield Asset Management défendent un virage vers les investissements "Hard Asset, Low Obsolescence" (HALO), ou actifs tangibles à faible obsolescence. Cette stratégie cible les actifs physiques — des moteurs de navires aux tapis roulants — considérés comme moins vulnérables à la perturbation de l'IA. Le marché européen des fusions et acquisitions reflète cette tendance, avec une guerre des enchères pour l'unité de moteurs diesel lourds de Volkswagen AG et une vente potentielle de 25 milliards d'euros (29 milliards de dollars) du fabricant d'ascenseurs TK Elevator. L'objectif, comme l'a déclaré Jonathan Gray, président de Blackstone, est de trouver un "terra firma" (terrain solide) dans un paysage en mutation.
Les gens recherchent un terrain solide. Il y a beaucoup d'intérêt sur les marchés publics et privés pour les actifs réels, tangibles – fournitures médicales, énergie, immobilier, industries.
— Jonathan Gray, Président, Blackstone Inc.
Les marchés du crédit signalent une préférence claire pour les actifs tangibles
La divergence de l'appétit des investisseurs est clairement visible sur les marchés du crédit privé. Un prêt à effet de levier de 1,3 milliard d'euros prévu pour la société allemande de logiciels de santé Dedalus a été récemment suspendu en raison de l'inquiétude croissante des investisseurs. En revanche, un prêt d'environ 1,2 milliard d'euros pour financer le rachat de la société de sécurité des infrastructures Ramudden Global a été fixé à un écart plus serré que celui initialement proposé, en raison d'une forte demande. Cette préférence marquée pour les actifs physiques incite à une fuite des capitaux vers les entreprises ayant des flux de trésorerie prévisibles, même si leur croissance est plus lente. Comme l'a noté Hadrien Servais, partenaire chez Simpson Thacher & Bartlett, les investisseurs favorisent les entreprises qui sont "plus acceptables... dans un contexte incertain".