La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a contesté la vision optimiste du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, selon laquelle l'impact économique de la guerre serait de courte durée, un désaccord qui survient alors que la zone euro enregistre sa plus forte hausse inflationniste depuis 2022.
« Nous sommes confrontés à un véritable choc, un choc qui pourrait être plus important que ce que nous pouvons imaginer à l'heure actuelle », a déclaré Mme Lagarde aux ministres des Finances et aux banquiers centraux du G7, selon des sources proches du dossier. « Trop d'infrastructures ont été détruites dans l'extraction, le raffinage et la distribution du pétrole pour être rétablies en quelques mois. »
Ce conflit reflète la vulnérabilité aiguë de l'Europe face à la crise, qui a entraîné la fermeture effective du détroit d'Ormuz. Les données publiées mardi montrent que l'inflation dans la zone euro en mars a enregistré sa plus forte progression depuis le début de la guerre en Ukraine. Le scénario le plus sévère de la BCE — avec des perturbations énergétiques persistant jusqu'en 2026 — prévoit que l'inflation pourrait culminer à 6,3 %, alors que les coûts d'emprunt souverains ont déjà atteint des sommets pluriannuels.
Ce désaccord public signale une fracture politique croissante entre Washington et ses alliés européens, qui font face à un risque de récession plus élevé en raison des chocs soutenus sur les prix de l'énergie. Alors que les États-Unis offrent peu de solutions diplomatiques au conflit, le différend soulève des questions sur la capacité du G7 à coordonner une réponse économique significative, augmentant l'incertitude politique pour les investisseurs.
M. Bessent avait tenté de rassurer les marchés en suggérant que les perturbations étaient temporaires et que les approvisionnements en pétrole restaient adéquats. Son point de vue a toutefois été accueilli par une forte opposition de la part de Mme Lagarde, qui a fait valoir que l'ampleur des dommages aux infrastructures garantit un impact prolongé. La réunion du G7 a été convoquée pour des discussions de crise sur la manière d'atténuer le choc énergétique, les ministres devant se coordonner sur d'éventuels déblocages de réserves stratégiques de pétrole.
La tension souligne une frustration dans les capitales européennes, qui se sentent exposées à un conflit qu'elles n'ont pas déclenché. Lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 la semaine dernière, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a été pressé d'en dire plus sur un éventuel cessez-le-feu, mais n'a fourni aucune réponse concrète, selon deux diplomates. Ce manque de stratégie claire des États-Unis pour mettre fin à la guerre ou à ses retombées économiques laisse les gouvernements européens se préparer au pire, de nombreux analystes dressant désormais des comparaisons avec les chocs pétroliers stagflationnistes des années 1970.
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