L'Iran bloque 90% du trafic d'Ormuz dans une action de blocus économique
Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) d'Iran a initié un blocus total du détroit d'Ormuz le 27 mars, refoulant trois porte-conteneurs et annonçant que cette voie navigable vitale était fermée à tout navire lié aux alliés des États-Unis et d'Israël. Cette action a entraîné une chute de 90% du trafic commercial, transformant de facto l'artère pétrolière la plus importante du monde en arme. Cette décision a provoqué une réaction immédiate et sévère de la part des producteurs régionaux. Le Koweït a déclaré la force majeure sur ses contrats de livraison et a réduit sa production de pétrole, qui s'élevait à 2,6 millions de barils par jour avant la crise, car il ne peut plus exporter vers le marché mondial.
Cheikh Nawaf Al-Sabah, PDG de la Kuwait Petroleum Corporation, a décrit cette fermeture comme un blocus économique prenant en otage l'économie mondiale. Il a averti que l'impact était "au-delà de la catastrophe" et déclencherait un effet domino à travers le globe. Ce sentiment a été repris par d'autres dirigeants du Golfe qui voient cette mesure comme une menace directe à la stabilité mondiale.
Armer le détroit d'Ormuz n'est pas un acte d'agression contre une seule nation. C'est du terrorisme économique contre chaque consommateur, chaque famille qui dépend d'une énergie et d'une nourriture abordables.
— Sultan al-Jaber, PDG, Abu Dhabi National Oil Co.
Téhéran met en œuvre un système de 'péage' facturant en Yuans
Alors que le trafic diminue, l'Iran officialise son emprise en établissant un régime de facto de "péage". Selon la firme de renseignement maritime Lloyd’s List, les navires sont redirigés vers les eaux territoriales iraniennes où ils doivent être vérifiés par l'IRGC. Les navires souhaitant passer en toute sécurité doivent soumettre les détails de leur cargaison, de leur propriété et de leur équipage à des intermédiaires. Lloyd's List rapporte qu'au moins deux navires ont payé un péage pour le passage, avec des paiements réglés en yuans chinois.
Ce système permet à Téhéran de contrôler sélectivement les flux maritimes tout en assurant la préservation de ses propres intérêts économiques. Les données de Kpler montrent que le terminal de l'île de Kharg en Iran a chargé 1,6 million de barils de pétrole en mars, un chiffre largement inchangé par rapport aux niveaux d'avant-guerre. Les principaux clients seraient de petites raffineries privées en Chine, démontrant la capacité de l'Iran à contourner le blocus qu'il a imposé aux autres.
La fermeture étouffe 20% du pétrole mondial et menace l'approvisionnement alimentaire
La fermeture du détroit, qui gère environ 20% de l'approvisionnement total en pétrole du monde, a provoqué de graves chocs sur les marchés mondiaux. Les prix du pétrole ont grimpé à 107 dollars le baril, soit une augmentation de plus de 45% depuis le début du conflit. Bien que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ait coordonné un déblocage d'urgence de 3 millions de barils par jour, les dirigeants régionaux affirment que cela est insuffisant pour couvrir le déficit de l'Irak, sans parler des grands producteurs comme l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.
Les retombées économiques s'étendent au-delà des prix du carburant. Les dirigeants koweïtiens ont averti que les perturbations des expéditions pétrochimiques entraîneront des pénuries de plastiques utilisés dans l'emballage alimentaire. En outre, le blocus empêche l'engrais du Golfe d'atteindre les marchés mondiaux au début de la saison des semis, ce qui pourrait réduire les récoltes jusqu'à 50% dans certains pays en développement et gravement affecter la sécurité alimentaire mondiale.