Le gouvernement sacrifie des recettes avec une réduction de 10 roupies par litre de carburant
Le gouvernement indien a annoncé jeudi une réduction des droits d'accise centraux sur l'essence et le diesel de 10 roupies (0,11 USD) par litre chacun, une mesure décisive pour isoler son marché intérieur des chocs énergétiques mondiaux. Cette réduction abaisse les droits d'accise sur l'essence de 13 roupies à 3 roupies par litre, tandis que ceux sur le diesel ont été entièrement supprimés, passant de 10 roupies à zéro. La ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a déclaré que cette politique visait à « protéger les consommateurs contre la hausse des prix ». Avant ces réductions, les compagnies pétrolières publiques faisaient face à des pertes d'environ 24 roupies par litre pour l'essence et de 30 roupies par litre pour le diesel.
Pour assurer la disponibilité du carburant sur le marché intérieur, New Delhi a simultanément augmenté les droits de douane sur les exportations de carburant. Le gouvernement a imposé une nouvelle taxe de 21,5 roupies par litre sur les exportations de diesel et de 29,5 roupies par litre sur les exportations de carburant d'aviation. Cette stratégie vise à réorienter le carburant produit par les raffineurs privés vers le marché indien, afin de prévenir les pénuries alors que le pays, troisième importateur mondial de pétrole, est confronté à des approvisionnements tendus.
Le brut à 122 dollars force la main alors que les risques d'inflation augmentent
L'intervention fiscale a été déclenchée par une escalade spectaculaire des prix de l'énergie, le pétrole brut international ayant grimpé d'environ 70 dollars à 122 dollars le baril au cours du dernier mois. Le ministre du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, a attribué cette explosion des prix à la guerre en Iran, qui a perturbé les approvisionnements mondiaux, notamment via le détroit d'Ormuz, une voie maritime essentielle. L'impact économique de cette volatilité est déjà évident, avec l'indice flash des directeurs d'achat (PMI) de HSBC pour mars montrant que l'activité du secteur privé indien a ralenti à son niveau le plus bas depuis octobre 2022. Les entreprises interrogées ont cité le conflit et l'intensification des pressions inflationnistes, désormais proches d'un plus haut de quatre ans, comme facteurs principaux pesant sur la croissance.
Les prévisions indiquent un ralentissement de la croissance du PIB à 6,5%
Les réductions de taxes représentent un difficile compromis entre la stabilité des prix à court terme et la santé budgétaire à long terme. Bien que cette mesure contribue à tempérer l'inflation immédiate, l'absorption des coûts plus élevés élargira le déficit budgétaire du gouvernement. Le coût économique ultime dépend de la durée du choc des prix de l'énergie. Selon une analyse de Renaissance Investment Managers, si les prix du pétrole brut se stabilisent dans une fourchette de 85 à 95 dollars le baril après le conflit, l'Inde pourrait faire face à des sorties de capitaux supplémentaires de 40 à 50 milliards de dollars, soit plus de 1% de son PIB. Ce scénario pourrait réduire la croissance économique annuelle de l'Inde de 7,2% projetés à 6,5%.