Le Brent dépasse les 116 dollars alors que le FMI avertit d'un choc mondial
Les marchés de l'énergie réagissent rapidement à l'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, avec les contrats à terme sur le Brent de mai grimpant de 3,3 % pour atteindre 116,28 dollars le baril en début de séance européenne le 30 mars. Les contrats à terme sur le West Texas Intermediate ont également progressé de 2,3 % pour s'établir à 101,90 dollars. Cette évolution fait suite à un avertissement sévère du Fonds Monétaire International (FMI) selon lequel le conflit, qui a débuté par des frappes contre l'Iran le 28 février, provoque un « choc mondial, mais asymétrique » qui menace de faire dérailler la reprise économique.
Les économistes en chef du FMI ont déclaré que la guerre resserre les conditions financières et assombrit les perspectives de nombreuses nations. Le Fonds a noté que les pays à faible revenu qui dépendent fortement des importations sont particulièrement vulnérables aux flambées des prix de l'énergie et des denrées alimentaires. L'organisation prévoit de publier une évaluation plus détaillée dans ses Perspectives de l'économie mondiale le 14 avril, mais son analyse préliminaire conclut que « toutes les routes mènent à des prix plus élevés et à une croissance plus lente ».
Les stratèges voient les prix du pétrole atteindre potentiellement 150 dollars
Les analystes révisent leurs prévisions pour tenir compte d'une période de perturbation prolongée. Les stratèges de la Société Générale anticipent désormais que le Brent se situera en moyenne autour de 125 dollars le baril en avril, avec une trajectoire crédible vers les 150 dollars, citant des risques croissants pour les infrastructures et les arrêts de raffineries. La banque a relevé sa prévision de fin d'année 2026 pour le Brent de 65 à 80 dollars le baril. Cette perspective s'appuie sur ce que l'Agence Internationale de l'Énergie a qualifié de « plus grande perturbation du marché pétrolier mondial de l'histoire », découlant de la fermeture du détroit vital d'Ormuz par l'Iran.
Les risques logistiques s'étendent au-delà d'un point d'étranglement unique. June Goh, analyste senior du marché pétrolier chez Sparta Commodities, a décrit une perturbation potentielle par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb à l'extrémité sud de la mer Rouge comme « catastrophique » pour les approvisionnements en pétrole. Un tel événement déclencherait probablement de nouvelles réductions de production de la part de grands producteurs comme l'Arabie saoudite, aggravant ainsi la crise de l'offre.
Lagarde de la BCE avertit de « années » de dommages économiques
La présidente de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde, a lancé un avertissement sévère selon lequel les marchés financiers pourraient être dans un état de « dissonance cognitive », sous-estimant les conséquences économiques à long terme du conflit. Dans une interview, l'ancienne cheffe du FMI a suggéré que les traders sont « excessivement optimistes » quant à un retour rapide à la normale, un scénario que les experts techniques jugent impossible compte tenu de l'étendue des dommages aux infrastructures.
Lagarde a soutenu que l'impact total se manifestera progressivement et prendra des années à être réparé, soulignant des dépendances complexes des chaînes d'approvisionnement au-delà de l'énergie. Par exemple, elle a noté que l'hélium, qui est essentiel à la fabrication de microprocesseurs, transite par le détroit d'Ormuz, désormais fermé, menaçant de créer des pénuries et d'augmenter les coûts dans l'industrie des semi-conducteurs.
Je pense que c'est une crise où nous apprenons presque petit à petit, jour après jour, quelles seront les conséquences réelles, quels pays seront les plus touchés, et quelles matières premières seront les plus demandées.
— Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne