Orbán bloque plus de 100 milliards de dollars en citant un litige sur l'oléoduc
La stabilité financière et militaire de l'Ukraine a été remise en question jeudi après que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a opposé son veto à un ensemble de prêts de l'Union européenne dépassant 100 milliards de dollars (90 milliards d'euros). Lors du sommet de Bruxelles, Orbán a justifié ce blocage en accusant Kiev de retarder délibérément les réparations de l'oléoduc Droujba, endommagé en janvier et qui fournit du pétrole russe à la Hongrie. Cette décision annule un accord de principe qu'Orbán avait conclu en décembre, créant une crise de financement critique pour l'Ukraine.
Ce financement est essentiel pour que Kiev puisse maintenir les opérations gouvernementales, payer les salaires et les pensions, et acheter des armes occidentales. Depuis le retrait du soutien financier américain l'année dernière, l'Ukraine est devenue presque entièrement dépendante de l'aide européenne. Les responsables de l'UE ont identifié début mai comme la date limite absolue pour l'arrivée des fonds afin d'éviter un effondrement des services gouvernementaux, bien que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ait insisté pour que la livraison commence dès le début de l'année.
Les dirigeants de l'UE condamnent le veto comme un « chantage inacceptable »
Le veto a provoqué une condamnation immédiate et sévère de la part des dirigeants de l'UE, qui ont accusé Orbán de ne pas tenir parole et de miner la crédibilité du bloc. Le président du Conseil européen, António Costa, a directement réprimandé le dirigeant hongrois, déclarant que sa décision « n'est pas acceptable » et viole le principe de coopération de bonne foi.
Le prêt reste bloqué parce qu'un dirigeant ne tient pas parole. Mais permettez-moi de réitérer ce que j'ai déjà dit à Kiev : nous livrerons d'une manière ou d'une autre.
— Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
Dans une tentative de sortir de l'impasse, la Commission européenne a proposé de financer et de fournir un soutien technique pour la réparation de l'oléoduc. Bien que Kiev ait accepté l'offre, estimant que les travaux pourraient prendre jusqu'à un mois et demi, Orbán a refusé de céder. « S'il n'y a pas de pétrole, il n'y a pas d'argent », a-t-il déclaré, liant directement l'aide à la reprise des flux de pétrole.
Les risques géopolitiques s'accentuent avant les élections hongroises
La position intransigeante d'Orbán est étroitement liée à son programme politique intérieur, car son parti Fidesz est confronté à une élection difficile le mois prochain, risquant de perdre le pouvoir pour la première fois en 16 ans. Alliée proche de l'ancien président américain Trump, Orbán a utilisé son opposition à la guerre en Ukraine comme un thème de campagne clé. Cette manœuvre coïncide avec l'envoi par l'administration Trump du vice-président JD Vance en Hongrie pour rallier le soutien à Orbán, créant un front politique coordonné.
Pour les investisseurs, cette impasse injecte un risque géopolitique significatif sur les marchés européens et signale de profondes divisions au sein de l'UE. Si le prêt reste bloqué, l'Ukraine pourrait être contrainte de réduire ses dépenses ou d'imprimer de l'argent, risquant l'hyperinflation et une grave instabilité économique. Cet événement souligne la vulnérabilité de la politique de l'UE aux intérêts nationalistes, soulevant des questions sur la capacité du bloc à agir de manière unifiée en cas de crise.