L'utilisation des tokens IA monte en flèche de 300 fois, submergeant les réseaux actuels
L'industrie des télécommunications est confrontée à une crise de capacité réseau, alimentée par la croissance explosive de l'intelligence artificielle. Selon Yang Chaobin, PDG de Huawei ICT BG, s'exprimant le 3 mars, la consommation quotidienne mondiale de tokens IA a été multipliée par près de 300 au cours des deux dernières années, et plus de 30 millions d'agents IA sont désormais actifs dans diverses industries. Cela a créé une pression réseau sans précédent, en particulier sur la capacité de téléchargement (uplink). Les interactions multimodales de l'IA nécessitent trois à cinq fois plus de bande passante en amont que l'utilisation traditionnelle, une demande que les réseaux 5G actuels ne peuvent satisfaire.
Zhao Dong, vice-président de la ligne de produits sans fil de Huawei, a illustré le problème avec un exemple concret tiré d'un musée d'art de Shanghai. Un service de guide touristique IA utilisé par plus de 3 000 visiteurs quotidiens a fait grimper le trafic en amont à 63% du total, une augmentation significative par rapport à la part typique de moins de 10%. Zhao a calculé que seulement 10 utilisateurs simultanés d'un guide IA nécessiteraient plus de 20 Mbps de vitesse en amont par utilisateur, dépassant de loin les deux à trois Mbps souvent disponibles aujourd'hui. Ce déficit de capacité représente un goulot d'étranglement important pour l'adoption généralisée des services IA.
Huawei dévoile une solution U6GHz pour un déploiement en 2028
Pour combler ce fossé, Huawei a profité du Mobile World Congress 2026 pour annoncer une gamme complète de produits U6GHz conçus pour sa plateforme 5G-Advanced (5G-A). La société prévoit de lancer ses solutions 5G-A complètes en 2026 et de soutenir le déploiement réseau à grande échelle par les opérateurs d'ici 2028. Cette stratégie s'attaque directement au paradoxe de la baisse des investissements des opérateurs — où les trois principaux opérateurs chinois ont vu leurs dépenses en capital chuter respectivement de 9%, 28% et 15% au premier semestre 2025 — et au besoin urgent de réseaux plus puissants. Le cœur de la nouvelle offre est une AAU à 256 canaux qui multiplie par quatre la bande passante disponible, la faisant passer de 100 MHz à 400 MHz.
Huawei présente cela comme un changement stratégique de "l'IA pour le réseau" à "le réseau pour l'IA", permettant aux opérateurs de monétiser le boom de l'IA. La société soutient que l'investissement est justifié par de nouvelles opportunités de revenus. Déjà, plus de 30 opérateurs mondiaux ont lancé des niveaux de prix basés sur l'expérience, et la base d'utilisateurs 5G-A en Chine a dépassé 4 millions, les abonnés payant en moyenne 8,5 yuans de plus en frais mensuels (ARPU). La solution "Agentic MBB" proposée par Huawei vise à offrir des expériences garanties à large bande passante pour lesquelles les clients et les entreprises paieront un supplément.
La bataille mondiale du spectre se profile alors que plus de 20 nations visent l'U6GHz
La poussée de Huawei intervient alors qu'un consensus mondial se solidifie autour de l'utilisation de la bande supérieure des 6 GHz (U6GHz) pour les communications mobiles, préparant le terrain pour une course d'infrastructure de cinq ans avant que les normes 6G ne soient figées vers mars 2029. Plus de 20 pays envisagent désormais d'allouer l'U6GHz à l'usage mobile. Cela marque un changement politique important, la FCC américaine prévoyant désormais de vendre aux enchères une partie de la bande pour la 5G/6G après l'avoir précédemment réservée au Wi-Fi, et 11 grands opérateurs européens plaidant pour la même chose.
Alors que Huawei tire parti de son expertise matérielle, il est confronté à la concurrence d'approches technologiques alternatives. Un partenariat entre Nvidia et Nokia promeut un modèle où la puissance de calcul des stations de base est utilisée pour exécuter des tâches IA tierces, créant une nouvelle source de revenus par la vente de calcul. Parallèlement, le projet OCUDU de la Linux Foundation vise à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs grâce au code open source des stations de base. Huawei parie que sa capacité à fournir des gains de capacité immédiats pour la 5G-A et une évolution en douceur vers la 6G convaincra les opérateurs d'investir dès maintenant pour capter la vague de revenus de l'IA.