L'or bondit de 2,6% alors que l'attaque de drone attise les craintes de stagflation
Une attaque de drone contre les installations de gaz naturel du Qatar a bouleversé le paysage mondial des valeurs refuges, poussant les investisseurs vers l'or et le dollar américain plutôt que vers les obligations d'État traditionnelles. Lundi, les prix de l'or au comptant ont grimpé de 2,6%, le risque de conflit ayant suscité des craintes d'une nouvelle crise énergétique, ce qui a entraîné une flambée de plus de 30% des prix du gaz naturel européen en une seule journée. Cette augmentation des coûts énergétiques a alimenté les inquiétudes inflationnistes, provoquant une hausse des rendements obligataires mondiaux et sapant leur rôle de couverture de portefeuille. Le rendement du Bund allemand à deux ans a augmenté de 8 points de base pour atteindre 2,09%, reflétant la réévaluation par le marché des « actifs sûrs ».
La mauvaise performance de la dette publique marque un changement significatif dans la stratégie des investisseurs. Les analystes de l'Institut d'investissement de BlackRock ont noté que la réaction du marché montre que les obligations d'État à long terme ne sont plus un contrepoids fiable pour les portefeuilles compte tenu du potentiel de stagflation. Ce sentiment a été partagé par Seb Barker, stratégiste de marché en chef chez Marshall Wace, qui a déclaré : « Nous constatons à nouveau que les obligations n'offrent pas de protection lors d'un événement d'aversion au risque, là où l'or l'a fait. » Le consensus se forme selon lequel le climat géopolitique actuel renforce l'argument en faveur de la détention de valeurs refuges non obligataires.
Les paris sur les baisses de taux chutent alors que le choc inflationniste frappe les marchés
La flambée des prix de l'énergie oblige les marchés à revoir agressivement à la baisse les attentes de baisses de taux des banques centrales, créant une pression à la hausse sur les rendements obligataires. Au Royaume-Uni, les contrats de swap impliquent désormais seulement 60% de probabilité d'une deuxième baisse de taux d'intérêt de 25 points de base cette année, poussant le rendement du Gilt à deux ans sensible à la politique de 11 points de base à 3,64%. L'ajustement a été encore plus spectaculaire dans la zone euro, où la probabilité d'une autre baisse de 25 points de base est passée d'environ 55% la semaine dernière à seulement 15%.
Cette réévaluation reflète une inquiétude croissante quant au fait que les banques centrales seront contraintes de maintenir une politique plus stricte plus longtemps pour combattre une nouvelle vague d'inflation. Nicolas Trindade, gestionnaire de portefeuille senior chez BNP Paribas Asset Management, a averti que plus le conflit se prolongera, plus les banques centrales devront intégrer ces pressions inflationnistes dans leurs prévisions, ce qui à son tour soutient des taux d'intérêt plus élevés.
Les gestionnaires d'actifs réduisent les actions et augmentent les liquidités pour faire face au conflit
En réponse à l'incertitude accrue, les grands investisseurs institutionnels réduisent activement le risque de leurs portefeuilles. Le gestionnaire d'actifs français Carmignac réduit son exposition aux actions, y compris au Japon, et achète des options de vente sur le S&P 500 comme couverture. La firme détient également une partie de ses fonds désinvestis en espèces pour éviter les risques que l'inflation croissante pose aux obligations d'État. Le dollar américain a également bénéficié de cette fuite vers la sécurité, augmentant de 0,9% face à un panier de devises.
Les allocations stratégiques évoluent également au niveau sectoriel et national. Citigroup a dégradé les actions japonaises, citant la forte sensibilité du marché aux prix du pétrole en hausse, tout en rehaussant les actions britanniques en raison de leur pondération plus élevée dans les secteurs de la défense et de l'énergie. Bien que ces mouvements soient actuellement sélectifs, les stratégistes avertissent qu'une nouvelle escalade pourrait déclencher une liquidation plus coordonnée et généralisée sur les marchés mondiaux, les investisseurs liquidant leurs positions partout où cela est possible.