L'or chute de plus de 30 % alors que les craintes d'inflation augmentent
Le 29 mars, les prix de l'or ont fortement chuté, défiant leur rôle historique de valeur refuge en période de crises géopolitiques. Cette baisse est une réaction directe à la flambée des prix du pétrole, le Brent brut ayant dépassé les 100 dollars le baril, alimentant les craintes d'une inflation mondiale persistante. Cela a conduit les acteurs du marché à anticiper que les banques centrales maintiendront des taux d'intérêt plus élevés pour lutter contre la hausse des coûts, diminuant l'attrait des lingots non rémunérateurs. La liquidation a été importante ; en Inde, un marché majeur de l'or, les prix de l'or 24 carats se sont effondrés, passant de près de 1,9 lakh roupies pour 10 grammes fin janvier à environ 1,3 lakh roupies, marquant une baisse de plus de 30 %.
Cette évolution des prix est un net départ des crises précédentes. L'or avait rallié pendant la crise financière de 2008, la pandémie de COVID-19 et après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Cette fois, la peur de l'inflation l'emporte sur la peur de l'instabilité géopolitique. Alors que les attentes de baisses de taux s'évaporent, les investisseurs déplacent leurs capitaux vers des actifs qui procurent un rendement, tels que les obligations d'État, et encaissent les gains pluriannuels de l'or pour couvrir les pertes dans d'autres catégories d'actifs.
Le dollar détrône les lingots comme principale valeur refuge
Alors que l'éclat de l'or s'estompe, le dollar américain a réaffirmé sa domination en tant que principal refuge mondial. L'indice dollar, qui mesure le billet vert contre un panier de six grandes devises, a gagné 0,4 % alors que les investisseurs recherchaient la sécurité. Un dollar plus fort rend l'or plus cher pour les détenteurs d'autres devises, ce qui freine davantage la demande. Cette dynamique est renforcée par le marché pétrolier lui-même ; puisque le pétrole est libellé en dollars, l'augmentation des coûts de l'énergie accroît la demande mondiale de devise américaine pour régler les paiements. Cela crée une boucle de rétroaction puissante où des prix du pétrole plus élevés affaiblissent simultanément l'attrait de l'or et renforcent le dollar, cimentant le billet vert comme l'actif de référence dans la crise actuelle.
Les analystes débattent de la trajectoire future de l'or
Bien que les perspectives à court terme de l'or semblent baissières, les analystes sont divisés sur sa trajectoire à long terme. L'économiste Peter Schiff soutient que les prix élevés du pétrole ne causeront pas directement l'inflation, mais déclencheront plutôt une récession en comprimant les dépenses de consommation. Il prédit que ce ralentissement économique forcera les banques centrales à baisser les taux et à reprendre l'assouplissement quantitatif (QE), des politiques qui, à terme, dévaloriseraient le dollar et seraient très haussières pour l'or. Selon cette vision, la liquidation actuelle est un prélude à un rallye beaucoup plus important, tiré par les stimuli monétaires.
Inversement, d'autres données de marché indiquent une demande sous-jacente soutenue. Les achats d'or par les banques centrales ont fortement rebondi en février 2026, selon le World Gold Council. Après le gel des réserves de change de la Russie, de nombreuses nations valorisent de plus en plus l'or comme un actif physique qui ne peut être sanctionné ou dévalorisé par un gouvernement étranger. Cela suggère que si les investisseurs spéculatifs vendent, les acteurs institutionnels à long terme continuent d'accumuler des lingots comme actif de réserve essentiel.