Les actions américaines accusent un retard de 9% par rapport à leurs homologues mondiales dans un revirement historique
Une rotation majeure des capitaux mondiaux s'éloignant des actifs américains s'accélère, remettant en question le récit d'investissement qui a dominé les marchés depuis fin 2024. Au 25 février, l'indice S&P 500 a enregistré une légère perte depuis le début de l'année, tandis qu'un indice boursier mondial excluant les États-Unis a grimpé de 9%. Cette divergence marque la sous-performance la plus significative des actions américaines par rapport au reste du monde depuis 1995.
L'enthousiasme initial autour de la déréglementation et du stimulus fiscal qui attirait autrefois les capitaux vers les États-Unis s'est dissipé. Désormais, les investisseurs ne réduisent pas leur appétit pour le risque, mais le réorientent plutôt. Même des développements favorables, tels qu'une récente décision de justice contre certains tarifs, n'ont pas réussi à déclencher un rallye des actions américaines, signalant qu'un changement structurel plus profond des flux de fonds est en cours.
L'allocation des investisseurs aux actions de la zone euro atteint un niveau record
L'Europe apparaît comme le principal bénéficiaire du pivot loin des marchés américains. Selon une enquête de Bank of America, l'allocation des investisseurs mondiaux aux actifs de la zone euro a bondi à un niveau record. Plus d'un tiers des gestionnaires de fonds ont déclaré une position surpondérée sur les actions de l'Union européenne, une augmentation substantielle par rapport à seulement 9% trois mois auparavant. En revanche, un net de 22% des investisseurs sont désormais sous-pondérés sur les actions américaines, contre 6% fin 2025.
Les gestionnaires d'actifs décrivent ce phénomène comme un réveil structurel pour les marchés européens, qui offrent un refuge contre la concentration technologique américaine et les risques politiques intérieurs. La confiance renouvelée dans les perspectives économiques de l'Allemagne, stimulée par des plans de dépenses budgétaires importantes, renforce encore l'attrait de la région, même si les données plus larges des enquêtes commerciales ne montrent qu'une amélioration modeste.
Le ralentissement de la croissance à 1,4% et l'instabilité technologique érodent l'attrait des États-Unis
Le dossier d'investissement pour les États-Unis est mis à l'épreuve sur plusieurs fronts. Le secteur technologique, moteur principal de la surperformance du marché américain au cours de la dernière décennie, montre des signes de tension. Bien qu'il soit trop tôt pour déterminer si le récent recul des actions liées à l'IA est une tendance à long terme, l'incertitude incite les investisseurs à réévaluer leur exposition.
À cette pression s'ajoute un refroidissement de l'économie américaine. Les dernières données montrent un ralentissement de la croissance annualisée à seulement 1,4%, un chiffre loin de l'expansion robuste que les marchés avaient anticipée et beaucoup plus proche du rythme plus modéré de l'Europe. Cette combinaison d'un secteur technologique chancelant, d'une croissance économique en décélération et d'un climat politique imprévisible a créé un triple vent contraire pour les actifs américains, diminuant leur attractivité relative sur la scène mondiale.