« Pas de retour en arrière » : Steinmeier déclare une rupture transatlantique permanente
Dans un discours prononcé le 24 mars, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré une rupture profonde et irréversible dans les relations avec les États-Unis, qualifiant la récente action militaire menée par les États-Unis en Iran de « grave erreur » et de violation manifeste du droit international. S'exprimant au ministère allemand des Affaires étrangères, Steinmeier a adopté une position beaucoup plus critique que d'autres responsables allemands, affirmant que la justification du conflit ne tenait pas.
Le président a fait valoir que le début d'une nouvelle administration américaine le 20 janvier 2025 marquait une rupture aussi significative que l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022. « Tout comme je crois qu'il n'y aura pas de retour en arrière dans les relations avec la Russie... je crois aussi qu'il n'y aura pas de retour en arrière dans les relations transatlantiques », a-t-il déclaré, signalant une fin définitive au statu quo d'après-guerre et exhortant l'Allemagne à se défaire de ses dépendances envers son allié de longue date.
La Chine dépasse les États-Unis en tant que premier partenaire commercial, avec 163 milliards d'euros en jeu
Cette importante déclaration politique est étayée par un changement significatif dans les alignements économiques. Au cours des huit premiers mois de 2025, la Chine a dépassé les États-Unis pour devenir le premier partenaire commercial de l'Allemagne. Pendant cette période, le commerce entre l'Allemagne et les États-Unis s'élevait toujours à un montant substantiel de 163 milliards d'euros (190 milliards de dollars), soulignant l'exposition économique considérable des entreprises dépendant de ce corridor.
Steinmeier a explicitement appelé l'Allemagne à appliquer les leçons tirées de la réduction de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie à sa relation avec les États-Unis. Il a spécifiquement ciblé la nécessité d'une plus grande indépendance dans les secteurs de la défense et de la technologie, des domaines qui, selon lui, se traduisent directement en pouvoir politique. Ce pivot stratégique suggère un avenir où la politique industrielle européenne et allemande pourrait activement favoriser les partenaires non américains et les champions nationaux.
L'Europe poussée vers l'autonomie technologique après le différend sur l'IA
Le président allemand a identifié la technologie comme un champ de bataille clé pour la souveraineté, qualifiant un récent différend entre le Pentagone et la société d'intelligence artificielle Anthropic concernant les protocoles de sécurité de « sonnette d'alarme » pour l'Europe. L'incident souligne les préoccupations croissantes à Berlin concernant l'accès des États-Unis aux infrastructures numériques critiques et leur influence sur celles-ci.
Steinmeier a présenté ce défi comme une opportunité pour le continent de s'établir en tant que pôle technologique compétitif à l'échelle mondiale. « L'Europe, en tant que pôle technologique, a des talents, des marchés, des opportunités et, surtout, des normes éthiques », a-t-il déclaré, suggérant une impulsion politique pour bâtir sur ces fondations. Pour les investisseurs, cela signale des vents favorables potentiels pour les entreprises technologiques européennes et un effort conscient pour créer des alternatives aux plateformes numériques dominées par les États-Unis.