Face à la pression géopolitique et à la stagnation économique, Bruxelles fait progresser un paquet de 17 lois pour unifier ses marchés de capitaux fragmentés.
L'Union européenne accélère un projet de longue date visant à créer un marché unique des capitaux, afin de canaliser une partie des 170 milliards d'euros d'épargne des ménages du bloc vers des investissements productifs et de combler un fossé grandissant avec les États-Unis.
« L'intégration des marchés de capitaux européens pour mieux canaliser l'épargne élevée des ménages vers des investissements productifs dans l'UE sera essentielle », a conclu l'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, dans son rapport historique de 2024 sur la compétitivité continentale.
L'opportunité est de taille, car la capitalisation boursière totale de l'UE ne représente que 73 % de son produit intérieur brut, soit bien moins que les 270 % des États-Unis. Les banques contrôlent 80 % des flux de capitaux sur le continent, à l'inverse des États-Unis où les marchés dominent, laissant le système financier de la région mal équipé pour les entreprises à croissance rapide, selon le Centre for European Policy Studies.
Désormais baptisé Union de l'épargne et de l'investissement, le succès du plan est crucial pour le financement de la défense, de la transition écologique et des secteurs technologiques en Europe. Les partisans sont optimistes quant à la conclusion d'un accord substantiel cet été, avertissant qu'un échec pourrait signifier l'attente de 60 années supplémentaires pour une opportunité similaire.
Un nouvel élan pour l'unité
Le « paquet d'intégration et de surveillance des marchés » de la Commission européenne, publié en décembre, recommande 17 actes législatifs pour consolider l'autorité au sein de l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), basée à Paris. Cela fait suite au précédent établi en 2014 lorsque la Banque centrale européenne a pris en charge la surveillance bancaire dans la zone euro. Les ministres des finances d'Allemagne, de France et d'autres grandes économies ont déclaré que ce plan était une « nécessité urgente ».
L'initiative vise à résoudre les problèmes structurels qui font que les ménages européens disposent d'environ 170 milliards d'euros de dépôts, dont une grande partie ne rapporte que peu de bénéfices. Pour encourager l'investissement, les États membres explorent des modèles fiscalement avantageux. L'Irlande, par exemple, prévoit un régime d'épargne spécial avec une faible taxe forfaitaire, similaire au modèle suédois réussi, qui éliminerait la complexité fiscale pour les particuliers.
Surmonter des décennies d'inertie
Malgré des incitations économiques claires, des obstacles importants subsistent. Les efforts passés ont été entravés par des normes culturelles et politiques profondément ancrées qui limitent l'appétit pour l'investissement en valeurs mobilières. Des pensions d'État plus généreuses dans une grande partie de l'Europe réduisent la nécessité pour les individus de se constituer un pécule privé, tandis que les plans d'épargne d'entreprise bénéficiant d'avantages fiscaux, similaires aux 401(k) américains, ne sont pas largement disponibles.
De plus, un manque de confiance pèse sur le marché. Selon une enquête Eurobaromètre de 2023, environ 45 % des Européens ne sont pas convaincus que les conseils en investissement sont fournis dans leur intérêt. Ce chiffre est encore plus bas dans des pays comme Chypre et la Grèce, où les crises financières passées ont érodé la confiance. Les investisseurs individuels allemands portent également les cicatrices de la bulle Internet, lorsqu'une chute de 90 % de l'action Deutsche Telekom a anéanti l'épargne des ménages.
Les analystes estiment que renforcer la confiance des investisseurs est autant un défi comportemental qu'éducatif. La stratégie d'investissement de détail de l'UE vise à répondre à cette question en améliorant la transparence et la protection des investisseurs, afin de rendre l'investissement plus sûr et plus équitable pour convertir les épargnants en investisseurs.
Cet article est fourni à titre indicatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.