La Chine rétablit la liaison ferroviaire avec la Corée du Nord après six ans d'interruption
Le service de trains de passagers entre Pékin et Pyongyang a officiellement repris pour la première fois en six ans, marquant un dégel significatif des relations diplomatiques. Cette ligne, suspendue depuis que la Corée du Nord a scellé ses frontières en janvier 2020 par crainte du COVID-19, fonctionnera désormais quatre fois par semaine. Les premiers trains sont réservés aux fonctionnaires, aux titulaires de visas spéciaux et aux citoyens nord-coréens, avec un billet aller simple coûtant entre 150 et 215 dollars.
Cette restauration du transport terrestre fait suite à une période de refroidissement des relations, au cours de laquelle le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un s'est orienté politiquement et militairement vers Moscou. Cette reprise des liaisons est complétée par le plan d'Air China de reprendre les vols entre les deux capitales le 30 mars, renforçant ainsi la normalisation des voyages et des échanges officiels entre les deux alliés liés par traité.
Le commerce bilatéral a rebondi à 2,7 milliards de dollars avant la reprise
La réouverture de la voie ferrée devrait s'appuyer sur une relation économique qui a déjà retrouvé ses niveaux d'avant la pandémie. L'année dernière, le commerce total entre la Chine et la Corée du Nord s'élevait à environ 2,7 milliards de dollars. Ce chiffre a été tiré par une augmentation de 25,2 % des exportations chinoises vers la Corée du Nord, atteignant 2,3 milliards de dollars. La reprise du transit régulier de passagers et de marchandises devrait encore accroître ce volume commercial.
Pour la Corée du Nord, cette mesure est cruciale pour attirer des devises étrangères. Avant la pandémie, les visiteurs chinois représentaient 90 % de son secteur touristique. Les analystes s'attendent à ce qu'une fois les services ouverts aux touristes, la liaison ferroviaire joue un rôle déterminant dans la génération de revenus pour le régime à court d'argent et dans le remplissage de projets touristiques à grande échelle comme le complexe de Wonsan-Kalma.
Pékin cherche à obtenir un avantage avant le sommet Trump-Xi de mars
Le calendrier de la reprise ferroviaire est stratégiquement important, se produisant juste quelques semaines avant un sommet à enjeux élevés entre le président chinois Xi Jinping et le président américain Donald Trump fin mars. Les analystes interprètent cette décision comme un effort délibéré de Pékin pour démontrer son influence sur la péninsule coréenne et renforcer sa position de négociation avec Washington.
La Chine considère désormais la Corée du Nord comme un outil stratégique pour sauvegarder ses intérêts nationaux fondamentaux.
— Rhee Jung-kyun, chercheur principal à l'Institut coréen de politique économique internationale
En réparant visiblement son alliance avec Pyongyang, la Chine se positionne comme un médiateur essentiel dans les questions de sécurité régionale. Cela permet à Pékin d'aborder le sommet, qui a été assombri par l'incertitude et les tensions persistantes de la guerre commerciale, avec un levier diplomatique accru, contrecarrant l'attention récente des États-Unis sur d'autres points chauds mondiaux comme le Moyen-Orient.