La Cour bouleverse le système centenaire de titres fonciers en Colombie-Britannique
Une décision de la Cour suprême de la Colombie-Britannique d'août 2025 provoque des ondes de choc sur les marchés immobiliers de la province en privilégiant le titre foncier autochtone sur la propriété privée établie. Dans l'affaire Cowichan Tribes c. Canada, la cour a accordé un titre autochtone sur 800 acres à Richmond, au sud de Vancouver, et l'a déclaré un droit « prioritaire et supérieur » aux autres revendications. C'est la première fois qu'un tribunal canadien reconnaît que le titre autochtone a la priorité sur la propriété privée en pleine propriété. Cette décision, que le maire de Richmond, Malcolm Brodie, a qualifiée de « choc complet et total », menace de déstabiliser un système de titres fonciers en place depuis plus d'un siècle.
Ce changement juridique s'est intensifié en février 2025 lorsque le gouvernement fédéral a signé des accords avec la bande indienne Musqueam, reconnaissant leurs « titres et droits » sur une vaste zone de 1,3 million d'acres qui inclut des parties de Vancouver. Ces actions découlent de l'adoption par le Canada de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), que la Colombie-Britannique a inscrite dans sa loi provinciale en 2019. Bien que le gouvernement affirme que les propriétés existantes ne sont pas en danger immédiat, l'ambiguïté juridique a alarmé les propriétaires et les entreprises, créant une incertitude significative quant à la sécurité de leurs biens.
Le climat d'investissement se refroidit à mesure que l'incertitude juridique se propage
L'incertitude croissante quant à la tenure foncière menace directement l'économie de la Colombie-Britannique, dépendante des ressources, où 95% des terres sont détenues par la Couronne et utilisées pour l'exploitation minière, la foresterie et les projets énergétiques. La Banque du Canada prévoit déjà une croissance économique nationale léthargique de seulement 1,1% cette année, mais l'escalade du risque pour les droits de propriété pose une menace plus immédiate et localisée pour l'investissement des entreprises. L'intention du gouvernement de la C.-B. de faire appel de la décision Cowichan souligne les graves conséquences économiques, car il a été contraint de proposer un programme de garantie de prêt de 150 millions de dollars pour soutenir les hypothèques dans la zone affectée.
Ce climat de risque complique un environnement déjà difficile pour les grands projets d'infrastructure au Canada. En Alberta voisine, une proposition de nouveau pipeline pétrolier de 1 million de barils par jour vers la côte de la C.-B. fait face à une forte opposition des groupes autochtones concernant une interdiction des pétroliers. Les batailles juridiques croissantes en Colombie-Britannique ajoutent une autre couche de risque perçu pour les projets à forte intensité de capital, pouvant potentiellement décourager les investissements étrangers nécessaires à l'expansion économique.
Des voies divergentes émergent pour la réconciliation économique autochtone
Alors que la Colombie-Britannique est aux prises avec le chaos juridique, d'autres provinces canadiennes explorent des voies différentes. Une récente décision de la Cour d'appel du Nouveau-Brunswick dans l'affaire J.D. Irving Ltd. c. Nation Wolastoqey a adopté une position contraire, statuant que les revendications de titres autochtones ne pouvaient pas déplacer les propriétaires fonciers privés et devaient plutôt être poursuivies comme des demandes d'indemnisation auprès de la Couronne. Cette approche offre un modèle de réconciliation qui aborde les griefs historiques sans bouleverser les structures économiques actuelles.
De plus, un accord énergétique historique au Québec démontre un modèle de partenariat réussi. Le Conseil Mohawk de Kahnawà:ke a obtenu une participation allant jusqu'à 49% dans le segment canadien du Champlain Hudson Power Express, une ligne de transmission qui devrait fournir 20% de l'électricité de New York. Cet arrangement, l'un des plus de 175 grands projets énergétiques avec participation autochtone au Canada, met en évidence une alternative viable aux défis juridiques conflictuels. Il prouve que l'inclusion des Premières Nations en tant que partenaires en capital peut assurer l'adhésion au projet et créer des avantages économiques à long terme, offrant un contraste frappant avec le conflit à somme nulle qui se prépare en Colombie-Britannique.