L'Inde privilégie 180 Mds $ de commerce avec le Golfe, reléguant l'Iran au second plan
Le calcul de la politique étrangère indienne a clairement évolué vers le pragmatisme économique, reléguant son partenaire BRICS, l'Iran, au second plan. Cette décision est ancrée dans des réalités économiques frappantes : le commerce de l'Inde avec les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a dépassé 180 milliards de dollars en 2024, contre seulement 1,6 milliard de dollars avec l'Iran. Cette dépendance économique s'étend à l'énergie et au capital humain. Les États du Golfe fournissent plus de 80 % du gaz de pétrole liquéfié (GPL) de l'Inde et plus de la moitié de son gaz naturel liquéfié (GNL). En outre, près de neuf millions de citoyens indiens travaillant dans la région ont envoyé 45 milliards de dollars de transferts de fonds au cours de l'exercice fiscal 2023-24, un afflux essentiel pour l'économie indienne.
En réponse au conflit, le Premier ministre indien Narendra Modi a publiquement condamné les attaques contre les Émirats arabes unis, qualifiant son dirigeant de « frère », et a renforcé les liens avec Israël, un fournisseur clé de technologies de défense. En revanche, New Delhi a montré de la froideur envers Téhéran, n'envoyant qu'un fonctionnaire de rang inférieur pour signer un livre de condoléances pour le guide suprême iranien – un affront diplomatique délibéré qui souligne les priorités stratégiques actuelles de l'Inde.
Le conflit interne paralyse le bloc des BRICS
La crise actuelle révèle une faiblesse fondamentale au sein de la structure des BRICS : les intérêts nationaux de ses membres sont profondément désalignés. Le bloc a été rendu totalement inefficace lorsqu'un membre, l'Iran, a lancé des attaques de missiles et de drones contre un autre, les Émirats arabes unis. Le groupe, sous la présidence de l'Inde, n'a pas réussi à publier une seule déclaration unifiée sur la guerre, soulignant son incapacité à gérer les différends internes ou à projeter une puissance collective.
Cette paralysie découle des factions concurrentes du bloc. Un noyau anti-occidental composé de la Chine, de la Russie et de l'Iran est contrebalancé par des membres comme l'Inde, les Émirats arabes unis et l'Égypte, qui entretiennent de solides liens économiques et stratégiques avec les États-Unis et leurs alliés. L'alignement du Brésil fluctue avec sa politique intérieure, déstabilisant davantage tout potentiel de consensus. Le conflit démontre que de vagues notions de solidarité non occidentale s'effondrent face aux impératifs fondamentaux de sécurité nationale et économiques.
Un bloc fracturé signale un risque géopolitique accru
La fracturation publique des BRICS introduit une nouvelle couche d'instabilité sur les marchés mondiaux. L'échec du bloc à agir comme une force stabilisatrice dans un conflit impliquant ses propres membres élimine toute prétention à être un contrepoids géopolitique cohérent à l'Occident. Pour les investisseurs, cela augmente le risque, en particulier sur les marchés de l'énergie. Avec deux grands producteurs de pétrole et de gaz, l'Iran et les Émirats arabes unis, en conflit direct, le potentiel de perturbations importantes de l'approvisionnement se profile, menaçant la volatilité des prix mondiaux de l'énergie.
De plus, la faiblesse perçue du bloc pourrait renforcer le statut du dollar américain en tant qu'actif refuge principal en période de stress mondial. Cette dynamique pourrait exercer une pression à la baisse sur les devises et les actions des marchés émergents, car les investisseurs se retirent des actifs associés au récit des BRICS qui s'effiloche. La crise confirme finalement que le bloc reste davantage un forum de discussion qu'une alliance fonctionnelle capable de façonner les événements mondiaux.