L'indicateur d'inflation augmente de moins de 10 points de base
Une forte augmentation des prix de l'énergie résultant du conflit en Iran n'a pas réussi à déclencher une réaction significative dans le principal indicateur d'inflation du marché obligataire. Depuis le début de la guerre, les taux d'équilibre d'inflation à 2-5 ans n'ont augmenté que modestement de 20 à 35 points de base. Plus révélateur encore, le taux d'équilibre à 10 ans a augmenté de moins de 10 points de base.
Cette réponse atténuée contraste fortement avec les chocs géopolitiques précédents. Après le conflit russo-ukrainien de 2022, le taux d'équilibre à 10 ans avait grimpé de près de 100 points de base. Le calme actuel du marché suggère que les investisseurs opèrent avec la forte conviction que le choc des prix de l'énergie sera temporaire, faisant écho à une croyance qui s'est avérée incorrecte après la pandémie de COVID-19 et le conflit de 2022.
Une baisse de liquidité de 20 points de base masque les perspectives d'inflation
La stabilité apparente des anticipations d'inflation est une illusion du marché, selon l'analyse du stratège macroéconomique de Bloomberg, Simon White. Le taux d'équilibre est calculé comme l'anticipation d'inflation du marché moins la prime de liquidité sur les titres du Trésor protégés contre l'inflation (TIPS). Lorsque des chocs pétroliers surviennent, les investisseurs se précipitent souvent sur les TIPS, faisant baisser cette prime de liquidité et gonflant artificiellement le taux d'équilibre.
L'analyse montre que la prime de liquidité des TIPS à 5 ans a chuté d'environ 20 points de base depuis le début du conflit, un montant qui annule presque entièrement la hausse du taux d'équilibre à 5 ans. Cela indique que la véritable anticipation d'inflation sous-jacente du marché est restée stable ou a même pu diminuer. Le marché intègre l'effet technique des coûts de liquidité plus faibles, et non une véritable augmentation du risque d'inflation future.
La crédibilité de la politique de la Fed mise à l'épreuve
Le marché envoie des signaux contradictoires, créant un environnement fragile. Alors que les investisseurs intègrent des taux directeurs futurs plus élevés de la Réserve fédérale pour combattre une inflation potentielle, les dynamiques politiques suggèrent une voie différente. La nomination de Kevin Warsh, qui n'est pas considéré comme un faucon convaincu, en tant que président potentiel de la Fed et la pression du président Trump pour des baisses de taux immédiates créent un profond conflit politique.
Cette tension met en péril la crédibilité de la Fed. Si le marché perd confiance dans l'engagement de la banque centrale à lutter contre l'inflation, une réévaluation chaotique pourrait s'ensuivre. Cela forcerait non seulement les anticipations d'inflation, mais aussi les primes de terme à s'ajuster fortement à la hausse, poussant potentiellement les rendements nominaux à augmenter sur l'ensemble de la courbe. Cette dynamique reflète la crise pétrolière de 1973, lorsque une Réserve fédérale influencée politiquement a perdu le contrôle de l'inflation, entraînant de graves conséquences économiques.
L'inflation se fera entendre d'une manière ou d'une autre... Mais ne supposez pas que les taux d'équilibre à long terme soient le bon endroit pour l'écouter.
— Simon White, Stratège macroéconomique chez Bloomberg.