La règle de la « première vente » réduit les factures tarifaires des importateurs de 45,7 milliards de dollars
Un principe légal d'évaluation douanière datant des années 1980, connu sous le nom de règle de la « première vente », est devenu un outil principal pour les entreprises américaines afin d'atténuer le coût des droits de douane. Cette règle permet aux importateurs de calculer les droits de douane en fonction du prix de la première transaction dans une chaîne d'approvisionnement à plusieurs niveaux — généralement du fabricant à un intermédiaire — plutôt que du prix final plus élevé payé par l'acheteur américain. Par exemple, sur un canapé vendu par un fabricant pour 200 dollars, puis revendu à un détaillant américain pour 300 dollars, un droit de douane de 50 % s'élèverait à 100 dollars selon cette règle, soit une économie d'un tiers par rapport au droit de 150 dollars sur le prix final.
L'impact financier de cette stratégie est substantiel. Une analyse du Penn Wharton Budget Model estime que les importateurs ont collectivement réduit leurs obligations tarifaires d'environ 45,7 milliards de dollars en 2025 grâce à des méthodes incluant la règle de la « première vente ». Cette réduction généralisée des coûts contribue à expliquer pourquoi l'inflation due aux droits de douane est restée étonnamment faible. Les données du Yale Budget Lab montrent que de janvier à novembre 2025, les prix des biens durables importés n'ont augmenté que de 1,3 %, sous-performant significativement les prévisions des économistes.
Un projet de loi bipartisan menace une stratégie d'importation vieille de plusieurs décennies
Pour contester directement cette pratique, le sénateur républicain Bill Cassidy et le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse ont conjointement introduit un projet de loi en février visant à éliminer la règle de la « première vente ». Cet effort législatif a reçu le soutien public de personnalités telles que l'ancien conseiller commercial de la Maison Blanche, Peter Navarro, qui a déclaré que les cabinets d'avocats de Washington exploitaient cette lacune pour affaiblir les politiques tarifaires américaines. La Maison Blanche a également averti que l'administration s'efforçait de maintenir l'intégrité de son régime tarifaire.
En réponse, des groupes industriels comme l'American Association of Exporters and Importers s'opposent, arguant que la suppression de cette voie légale obligera les entreprises à répercuter des coûts plus élevés directement sur les consommateurs. Bien que cette pratique soit légale, elle entraîne d'importantes charges de conformité. Les importateurs doivent fournir une documentation exhaustive pour prouver que la transaction initiale était explicitement destinée au marché américain, un processus qui suscite un examen minutieux de la part des fonctionnaires des douanes méfiants des évaluations frauduleuses et qui nécessite souvent des conseils juridiques spécialisés.