Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le secrétaire d'État américain Rubio se sont entretenus par téléphone mardi, rétablissant un dialogue de haut niveau visant à gérer les tensions après que Pékin a introduit de nouvelles règles pour contrer les efforts américains de « dérisquage » des chaînes d'approvisionnement.
« Sous la direction stratégique du président Xi et du président Trump, les relations sino-américaines ont généralement maintenu leur stabilité », a déclaré Wang Yi, selon l'agence de presse Xinhua. « Les deux parties doivent maintenir cette stabilité durement acquise et explorer la construction d'une relation sino-américaine stratégique, constructive et stable. »
Cet appel intervient quelques semaines seulement avant un sommet prévu les 14 et 15 mai entre les présidents Trump et Xi. La discussion fait suite à une période de frictions accrues, notamment de nouvelles réglementations chinoises qui jettent les bases de sanctions contre les entreprises étrangères cherchant à diversifier leurs sources d'approvisionnement hors de Chine, une mesure qui a alarmé les entreprises américaines et suscité jusqu'à présent une réponse publique discrète de l'administration Trump.
Sous l'œil de l'économie mondiale, ce rapprochement diplomatique est un test critique pour savoir si les deux plus grandes économies du monde peuvent empêcher la compétition stratégique de dégénérer en conflit ouvert. Cette inquiétude se reflète dans la volatilité récente des marchés et une prime de risque sur les actifs sensibles aux chocs géopolitiques, semblable aux pics mondiaux des prix du pétrole observés après l'escalade récente de la guerre en Iran, qui a démontré comment les événements régionaux impactent l'ensemble du marché mondial.
Un test avant le sommet
La conversation entre Wang et Rubio est largement interprétée comme une étape préparatoire cruciale pour garantir que le prochain sommet présidentiel soit productif. Les enjeux sont élevés pour éviter une répétition des frictions publiques qui ont caractérisé les rencontres passées. Les deux parties opèrent toujours sous une « trêve commerciale précaire » conclue lors de leur dernière réunion à Busan, en Corée du Sud, selon un rapport de Reuters.
Le silence de Washington sur les récentes mesures commerciales de Pékin a été noté par les analystes. « La réponse de Washington jusqu'à présent a été le silence. Cela risque de signaler une faiblesse », a déclaré Craig Singleton, expert de la Chine à la Foundation for Defense of Democracies (FDD), suggérant que l'administration Trump veut éviter une escalade publique avant le sommet.
Le nouvel arsenal économique de Pékin
Le contexte de l'appel est une escalade significative de la panoplie économique des deux nations. L'administration Trump exhorte depuis longtemps les entreprises au « dérisquage » et à réduire leur dépendance aux chaînes d'approvisionnement chinoises. Les nouvelles règles de Pékin, annoncées en avril, sont une contre-mesure directe.
La Chambre de commerce américaine en Chine a averti que ces réglementations pourraient permettre à Pékin de réduire ses achats auprès d'entreprises étrangères avec peu de conséquences, tandis que ces mêmes entreprises pourraient faire l'objet d'enquêtes pour avoir diversifié leurs chaînes d'approvisionnement. Un responsable américain, s'exprimant anonymement à Reuters, a qualifié cela de « tentative claire d'arrêter le dérisquage ». Une autre source industrielle a décrit les règles chinoises comme « charger l'arme sans réellement tirer », soulignant l'ambiguïté stratégique des mesures.
Le point de vue de l'Asie
La rivalité sino-américaine force des recalculs stratégiques dans toute l'Asie. Une enquête récente de l'Institut ISEAS-Yusof Ishak révèle une profonde ambivalence chez les partenaires des États-Unis comme la Thaïlande. Si les entreprises thaïlandaises ont bénéficié des investissements chinois, les marques automobiles chinoises dominant les récents salons de l'auto, une appréhension significative demeure.
l'enquête montre que 90,6 % des Thaïlandais se méfient de l'influence économique croissante de la Chine. Ce sentiment est alimenté par les avancées stratégiques subtiles mais persistantes de la Chine, souvent plus difficiles à contrer que l'influence occidentale plus manifeste. En outre, le soutien militaire de la Chine aux gouvernements du Cambodge et du Myanmar voisins crée des frictions régionales, modifiant les équilibres navals de longue date et ajoutant une dimension de sécurité dure à la compétition économique.
Cette dynamique complexe — accueillir les bénéfices économiques tout en craignant une domination stratégique — illustre la corde raide sur laquelle les nations doivent marcher. Trop se rapprocher de la Chine pourrait inviter des problèmes de la part des États-Unis, qui conservent une puissance matérielle énorme et leur réseau d'alliances.
L'appel téléphonique entre Wang et Rubio est une étape nécessaire, mais pas suffisante, vers la désescalade. Bien qu'il apporte un baume temporaire aux marchés, les conflits structurels sous-jacents sur le commerce, la technologie et l'influence stratégique restent fermement en place. La véritable direction de la relation bilatérale la plus importante au monde dépendra non pas de cet appel unique, mais des résultats concrets du sommet présidentiel de mai.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.