Un nouveau tarif douanier américain de 25 % sur les produits manufacturés du Canada et du Mexique contenant des métaux non américains est entré en vigueur le 6 avril, intensifiant les tensions commerciales quelques mois seulement avant que l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM) ne fasse l'objet d'un examen sexennal obligatoire. Cette initiative signale un démantèlement potentiel du pacte, créant une incertitude significative pour les près de 1,8 billion de dollars d'échanges continentaux annuels.
Selon un rapport de Reuters, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a communiqué une position hostile au libre-échange lors d'une récente visite à Mexico, déclarant aux représentants des industries automobile et sidérurgique de ne pas s'attendre à la suppression des tarifs. Cela fait suite à l'imposition précédente par l'ex-président Donald Trump de tarifs de 50 % sur l'acier et l'aluminium du Mexique et du Canada en vertu de l'article 232 de la loi sur l'expansion commerciale de 1962.
Les nouveaux tarifs visent la valeur totale de produits tels que les appareils électroménagers et les véhicules s'ils sont « substantiellement fabriqués » à partir d'acier, d'aluminium ou de cuivre non américain, un coup direct porté aux chaînes d'approvisionnement nord-américaines hautement intégrées. Alors que le commerce intra-ACEUM a progressé de 29 % depuis 2020 pour dépasser 1,6 billion de dollars, l'accord est désormais mis à rude épreuve par des problèmes de transbordement et d'application. Les données d'Altana montrent une multiplication par 14 du transbordement vers les États-Unis en 2025, avec une perte estimée à 40 milliards de dollars de recettes tarifaires pour les États-Unis.
L'examen conjoint prévu pour l'été 2026 est désormais un point de friction majeur. Alors que 62,9 % des experts commerciaux interrogés par Altana anticipent un renouvellement conditionnel assorti d'amendements, les nouveaux tarifs augmentent le risque d'une rupture. Si les trois parties ne parviennent pas à s'entendre sur une extension, l'accord actuel reste en vigueur avec des examens annuels, mais l'incertitude prolongée pourrait freiner les investissements et miner le potentiel économique de l'Amérique du Nord.
Inquiétudes Croissantes sur le Transbordement et le Travail Forcé
Au-delà des différends tarifaires, l'examen de l'ACEUM devrait s'attaquer à d'importants défis d'application. Une analyse a révélé que des expéditions d'une valeur de 86 milliards de dollars à destination du bloc ACEUM entre 2024 et 2025 comportaient des intrants en amont exposés au travail forcé. C'est plus de 35 fois la valeur des biens arrêtés en vertu de la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (UFLPA) au cours de la même période, soulignant des lacunes majeures dans la visibilité des chaînes d'approvisionnement.
La lutte contre le transbordement — où des marchandises provenant de pays comme la Chine sont réacheminées via le Mexique ou le Canada pour échapper aux tarifs américains — est considérée comme un point de négociation « critique » par 56,5 % des chefs de file commerciaux. Les experts s'accordent massivement sur le fait que l'avenir de l'application des règles commerciales reposera sur la technologie, 87 % estimant que la visibilité de la chaîne d'approvisionnement au niveau des composants deviendra le paradigme dominant.
Enjeux Économiques et Politiques
Les tarifs représentent un défi majeur pour le partenariat économique nord-américain. Le secteur automobile, qui a vu les échanges entre les trois pays augmenter de 38 % depuis la ratification de l'ACEUM, est particulièrement vulnérable en raison de ses chaînes d'approvisionnement profondément intégrées. La nouvelle taxe de 25 % sur la partie non américaine des véhicules pourrait augmenter les coûts pour les fabricants et, à terme, pour les consommateurs.
La stratégie politique derrière ces tarifs est de rendre les produits finaux du Mexique et du Canada moins abordables, mais cela arrive à un moment de sensibilité des consommateurs aux prix. Des tarifs de rétorsion de la part du Mexique et du Canada, qui ont par le passé ciblé les exportations agricoles et d'alcool américaines, restent une possibilité distincte, susceptible de nuire aux producteurs américains dans des secteurs clés. L'escalade du différend met les entreprises et les investisseurs sur les nerfs dans l'attente du résultat de l'examen de l'été.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.