UniCredit SpA intensifie sa stratégie de consolidation financière européenne en approchant Delfin, la holding de la famille Del Vecchio, pour plus que doubler sa participation dans l'assureur Generali, à un peu moins de 20 %.
UniCredit SpA a approché Delfin, la holding de la famille Del Vecchio valorisée à plus de 100 milliards d'euros, afin d'augmenter sa participation dans Assicurazioni Generali SpA à un peu moins de 20 %, a rapporté jeudi le quotidien Il Sole 24 Ore, alors que le directeur général Andrea Orcel accélère une offensive de consolidation paneuropéenne.
« Orcel construit un modèle de banque universelle couvrant le crédit, la gestion d'actifs et l'assurance, et une participation accrue dans Generali constitue une étape logique », a déclaré une personne proche de la stratégie de la banque, qui a requis l'anonymat pour discuter de délibérations privées.
UniCredit détient déjà environ 5 % de Generali, selon des déclarations antérieures. Doubler cette part pour atteindre un peu moins de 20 % ferait d'elle l'un des plus grands actionnaires de l'assureur, aux côtés de Delfin, qui en possède 10,1 %. Cette manœuvre intervient alors qu'UniCredit cherche également l'approbation de la BCE pour convertir sa participation dérivée de 29,9 % dans Commerzbank AG en actions réelles, une opération qu'Orcel a reportée à 2026 après l'opposition politique allemande.
Une participation plus conséquente dans Generali offrirait à UniCredit un ancrage significatif dans le plus grand assureur italien, débloquant potentiellement des synergies de revenus en bancassurance de plusieurs centaines de millions d'euros par an. Elle place également Orcel au cœur d'une restructuration de la finance italienne, alors que Delfin elle-même est en pleine mutation, Leonardo Maria Del Vecchio poursuivant un rachat de 10 milliards d'euros des participations de deux de ses frères et sœurs avant une assemblée générale prévue le 30 juin.
Le double rôle de Delfin, entre cible et gardienne
Delfin, la holding basée au Luxembourg qui contrôle 32,4 % du fabricant de Ray-Ban EssilorLuxottica SA et 17,5 % de Monte dei Paschi di Siena, se retrouve au centre de deux transactions parallèles. Leonardo Maria Del Vecchio, l'héritier de 31 ans et directeur stratégique d'EssilorLuxottica, s'efforce de conclure d'ici fin juin un accord de 10 milliards d'euros pour racheter deux de ses frères et sœurs, portant ainsi sa participation de 12,5 % à 37,5 %.
Le financement de ce rachat a rencontré des complications. BNP Paribas s'est retirée du consortium bancaire, poussant Del Vecchio à explorer des options de dette privée, notamment des contacts avec Apollo Global Management, selon des personnes proches du dossier. UniCredit et Crédit Agricole restent en pourparlers concernant le montage financier, bien qu'un accord définitif ait été retardé par des litiges juridiques avec le demi-frère de Del Vecchio, Rocco Basilico.
La feuille de route de consolidation d'Orcel
L'approche sur Generali est la dernière d'une série d'initiatives d'Orcel qui redessinent le paysage financier européen. Les actions UniCredit ont gagné 40 % depuis que la banque a révélé sa participation dans Commerzbank en septembre 2024, tandis que les actions Commerzbank ont bondi de 90 % sur la même période. Orcel a également tenté d'acquérir Banco BPM SpA, un concurrent italien de plus petite taille, avant de se tourner vers la stratégie Generali.
Une participation de près de 20 % dans Generali n'équivaudrait pas à une OPA totale, mais donnerait à UniCredit une influence significative au conseil d'administration et la capacité de consolider les résultats de l'assureur. Les banques italiennes ont historiquement utilisé des participations croisées dans les assureurs pour distribuer des produits via leurs réseaux d'agences, un modèle qui génère des revenus de commissions stables sans immobiliser de capital supplémentaire. La dernière fois qu'une grande banque italienne a pris une participation à deux chiffres dans un assureur — l'acquisition d'UBI Banca par Intesa Sanpaolo en 2020 — cela a entraîné une augmentation de 15 % des ventes croisées de produits d'assurance en deux ans, selon les documents publiés par la société.
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