Le régime fiscal britannique éloigne les meilleurs joueurs de tennis du monde de la saison sur gazon du pays : un seul joueur du top 10 masculin a participé au tournoi du Queen's Club la semaine dernière, contre six lors d'un événement parallèle en Allemagne.
La saison sur gazon n'occupe que quelques semaines en juin, après Roland-Garros, et culmine sur le Centre Court de Wimbledon. Pourtant, même cette brève fenêtre s'avère trop coûteuse pour de nombreux joueurs en raison du traitement fiscal britannique des revenus des athlètes.
« Les joueurs font un calcul économique simple : la facture fiscale liée à la participation en Grande-Bretagne peut dépasser le montant des gains s'ils sont éliminés tôt », explique James Atkinson, associé fiscal spécialisé dans le sport chez le cabinet comptable Moore Kingston Smith. « Le Royaume-Uni se rend trop cher pour le circuit de préparation. »
Le Royaume-Uni impose les gains des tournois aux taux standards de l'impôt sur le revenu. Un joueur éliminé au premier tour de Wimbledon gagne 80 000 £, dont une partie est taxée au taux marginal de 40 %. Atteindre le troisième tour rapporte 158 000 £, avec une tranche soumise au taux maximal de 45 %.
La disposition la plus punitive cible les revenus de sponsoring. Le Royaume-Uni calcule l'impôt sur les contrats de sponsoring mondiaux en fonction de la proportion de jours passés dans le pays par un joueur. Si un joueur participe à des compétitions 100 jours par an dans le monde et que cinq d'entre eux se déroulent en Grande-Bretagne, le Royaume-Uni taxe 5 % de ses revenus totaux de sponsoring. Pour un joueur du top 10 bénéficiant de contrats de sponsoring de plusieurs millions de dollars, une élimination au premier tour peut se solder par une perte nette après prise en compte de la charge fiscale.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes
Le tournoi masculin de la semaine dernière au Queen's Club de Londres, principale préparation à Wimbledon, n'a attiré que l'Australien Alex de Minaur — classé sixième mondial — accompagné de 31 joueurs moins bien classés. De l'autre côté de la Manche, à Halle en Allemagne, six joueurs du top 10, dont les Américains Ben Shelton et Taylor Fritz, ont participé à un tournoi de stature comparable.
Le tableau féminin raconte la même histoire. Trois joueuses du top 10 se sont inscrites au tournoi préparatoire du Queen's Club, contre six jouant à Berlin la même semaine. Les fans britanniques ont vu la numéro deux mondiale Elena Rybakina et la Canadienne Victoria Mboko, mais ont manqué la numéro un mondiale Aryna Sabalenka et la star américaine Coco Gauff.
Le phénomène dépasse le tennis. Le traitement fiscal britannique des athlètes mobiles à l'échelle internationale suscite des critiques de la part des instances sportives depuis des années, les footballeurs et les pilotes de Formule 1 étant également concernés. Le taux actuel de 45 % sur les revenus supérieurs à 125 140 £ est parmi les plus élevés d'Europe, et la règle sur les revenus de sponsoring — unique par sa portée mondiale — crée une désincitation qu'aucune autre grande nation tennistique n'impose.
Les enjeux
L'impact économique dépasse la vente de billets. La saison sur gazon génère des revenus considérables pour les hôtels, restaurants et transporteurs londoniens. Le All England Club a indiqué que Wimbledon a contribué à hauteur de 380 millions de livres sterling à l'économie britannique en 2024. Un circuit de préparation affaibli menace cet écosystème, car un plus petit nombre de joueurs de haut niveau entraîne une baisse de la valeur des droits de diffusion et une réduction de l'intérêt des sponsors pour les tournois de lancement.
En l'absence de changement des règles fiscales annoncé dans la session parlementaire en cours, l'exode des talents devrait se poursuivre. La prochaine occasion de réforme interviendra avec la déclaration budgétaire d'automne, bien que le Trésor n'ait donné aucune indication quant à une modification du traitement des revenus des athlètes non résidents.
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