Les nouvelles critiques de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum à l'encontre de la Maison Blanche alimentent l'inquiétude des investisseurs quant à la stabilité du plus grand partenariat commercial d'Amérique du Nord, qui soutient plus de 5 millions d'emplois aux États-Unis.
« D'une part, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, nous dit que les armes que les cartels mexicains importent des États-Unis... sont un problème d'offre. D'autre part, la drogue que les cartels exportent vers les États-Unis est un problème de demande », a écrit T. Bryan Bard dans une lettre publiée dans le Wall Street Journal le 10 avril.
Cette critique acerbe intervient alors que le commerce total entre les deux nations a dépassé 798 milliards de dollars en 2023, faisant du Mexique le premier partenaire commercial des États-Unis, selon les données du Census Bureau. Le peso mexicain a peu réagi immédiatement, se maintenant à près de 17,50 pour un dollar, mais le coût de l'assurance contre un défaut de paiement de la dette souveraine mexicaine a augmenté de 5 points de base au cours du mois dernier.
Pour les entreprises disposant de chaînes d'approvisionnement profondément intégrées, la rhétorique politique introduit une nouvelle couche de risque non négligeable. C'est la deuxième fois en trois mois qu'un haut responsable mexicain s'en prend publiquement aux États-Unis, une tendance qui pourrait préluder à des frictions commerciales plus substantielles avant la révision du pacte commercial ACEUM (USMCA) prévue en 2026.
Une relation de 798 milliards de dollars en péril
La symbiose économique entre les États-Unis et le Mexique est l'une des plus importantes au monde. Des secteurs tels que la fabrication automobile, l'agriculture et l'électronique ont bâti des décennies d'efficacité sur la base de chaînes d'approvisionnement transfrontalières. Environ 70 % de toutes les pièces automobiles vendues aux États-Unis comportent au moins certains composants fabriqués au Mexique, ce qui illustre l'intégration profonde qui pourrait être menacée par une rupture politique. Toute perturbation, qu'elle passe par des tarifs douaniers, un renforcement des contrôles aux frontières ou des obstacles réglementaires, pourrait avoir des effets inflationnistes immédiats sur les biens de consommation américains.
De la rhétorique à la réglementation ?
Alors que la friction actuelle reste rhétorique, les acteurs du marché guettent tout signe de traduction dans la politique. La révision prochaine, en 2026, de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM) constitue un point de tension naturel où ces tensions pourraient se cristalliser en différends économiques tangibles. Le dernier différend commercial majeur en 2019 avait donné lieu à des menaces de tarifs douaniers qui avaient brièvement fait chuter le peso de plus de 3 % et provoqué un arrêt temporaire des nouveaux investissements. Les analystes d'Eurasia Group notent que si une guerre commerciale totale est un résultat peu probable, le risque d'actions politiques « mineures mais perturbatrices » augmente.
Cet article est uniquement destiné à des fins d'information et ne constitue pas un conseil en investissement.