Les exportations maritimes russes de fioul et de gazole sous vide (VGO) vers l'Arabie saoudite ont bondi de 18 % en mars pour atteindre 1 million de tonnes métriques, un réalignement brutal des flux énergétiques provoqué par l'escalade de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, selon les données de LSEG.
Ce basculement commercial coïncide avec la pire perturbation de l'approvisionnement énergétique jamais enregistrée, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) affirmant que le conflit a paralysé plus de 12 millions de barils par jour (bj) de l'offre mondiale de pétrole, soit environ 11,5 % de la demande mondiale totale.
La perturbation, qui en est à son 52e jour, a poussé le Brent pour livraison en juin près des 100 dollars le baril et le WTI de mai a grimpé de 3,72 % ce jeudi. En réponse à la tension du marché, le producteur d'État Saudi Aramco a augmenté le prix de son principal grade de pétrole vers l'Asie d'un montant record de 17 dollars le baril pour mai.
Cette redirection des barils russes vers un producteur majeur du Moyen-Orient souligne un approfondissement des liens énergétiques qui pourrait influencer la future politique de l'OPEP+ et saper les sanctions occidentales. Le prochain signal majeur pour la demande sera les données PMI chinoises à venir, alors que les économies asiatiques sont aux prises avec la flambée des coûts de l'énergie.
Une perturbation record de l'offre qui éclipse les crises passées
L'ampleur de la crise énergétique actuelle est sans précédent. L'estimation de l'AIE d'une perte d'approvisionnement maximale de plus de 12 millions de bj dépasse de loin les impacts de l'embargo pétrolier arabe de 1973-74 (4,5 millions de bj) et de la révolution iranienne de 1978-79 (5,6 millions de bj) combinés. Le blocus naval américain du détroit d'Ormuz, un point de passage pour environ un cinquième du pétrole mondial, a forcé les producteurs du Golfe Persique à réduire leur production alors que les installations de stockage atteignent leur capacité maximale.
L'impact du conflit se reflète dans les chiffres de production, avec une production de pétrole brut de l'OPEP en mars en baisse de 7,56 millions de bj à 22,05 millions de bj, un plus bas en 35 ans. Selon les calculs de Reuters, le conflit a duré jusqu'à présent 52 jours et a retiré environ 624 millions de barils du marché.
Des ondes de choc économiques frappent les marchés émergents
La flambée des prix de l'énergie envoie des ondes de choc économiques à travers le monde, frappant particulièrement les marchés émergents dépendants des importations. Selon la banque japonaise MUFG, le peso philippin a chuté de près de 4 % par rapport au dollar américain depuis le début du conflit, ce qui en fait le plus grand perdant de la région en raison de sa forte exposition au pétrole importé.
Avec des importations nettes d'énergie équivalant à plus de 4 % de son produit intérieur brut, les Philippines sont confrontées à un creusement du déficit courant et à une inflation croissante. La banque centrale du pays, la Bangko Sentral ng Pilipinas, a réagi jeudi en relevant son taux directeur de 25 points de base à 4,5 %, citant la détérioration des perspectives d'inflation.
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